Bulletin des Élections de l’Union Européenne
La synthèse continentale
Issue #3
Défilement

Issue

Issue #3

Auteurs

François Hublet , Jean-Toussaint Battestini , Lucie Coatleven , Charlotte Kleine , Mattéo Lanoë

Numéro 3, Décembre 2022

Élections en Europe : 2022

Évolution des scores des groupes européens

Nous ouvrons cette synthèse par une analyse de l’évolution des rapports de force entre les différentes familles politiques européennes lors du premier semestre 2022. À cette fin, comme dans les numéros précédents de BLUE, les scores des partis nationaux et régionaux sont agrégés selon leurs groupes au Parlement européen1.
Dans l’ensemble, ce semestre a vu un affaiblissement des partis traditionnels de centre-gauche (S&D) et de centre-droit (PPE) au profit des Verts et des régionalistes d’une part, et de la droite radicale (CRE, ID, certains non-inscrits) de l’autre. Dans le même temps, le recul de la gauche radicale se poursuit, tandis que l’extrême droite stabilise ses positions.
Les partis de la gauche radicale du groupe GUE/NGL connaissent un nouveau recul (-2 pp), qui confirme ceux des deux semestres précédents. Les baisses les plus marquées ont concerné la Sarre (-8 pp), où Die Linke semble avoir perdu ses positions historiques, le Portugal (-5,5 pp) et la Slovénie (-4,9 pp). Seules les élections présidentielles françaises ont permis un rebond, malgré des candidatures dispersées ; le groupe y a connu un gain de 4,3 pp au premier tour et n’a pas pu qualifier de candidat au second tour. Ailleurs, les résultats de la gauche radicale européenne sont en léger recul.
À l’inverse, les partis écologistes et régionalistes du groupe des Verts/ALE progressent pour le troisième trimestre consécutif, avec une moyenne de +2,5 pp. En hausse dans toutes les élections sauf au Portugal (-1,9 pp) et en Hongrie (où le parti LMP se présentait en coalition, rendant impossible l’évaluation de son score individuel), les écologistes ont connu une forte croissance en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (+11,76 pp), en Schleswig-Holstein (+7,94 pp), et en France (+4,63 pp). Par ailleurs, les partis provinciaux de Castille-et-León (centrés sur les provinces de León, Soria et Ávila), qui peuvent être considérés comme proches de l’ALE au plan idéologique, ont connu une croissance de leur part électorale (+4,33 pp).
Après un semestre de relative stabilité, les sociaux-démocrates du groupe S&D subissent à nouveau des pertes importantes, de l’ordre de 1,8 pp en moyenne. Ces baisses touchent notamment le Schleswig-Holstein (-11,6 pp), la France (-4,6 pp), la Castille-et-León (-4,9 pp), et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie (-4,6 pp). Les sociaux-démocrates connaissent cependant deux victoires spectaculaires – s’accompagnant chaque fois de l’obtention d’une majorité absolue – au Portugal (+4,3 pp) et en Sarre (+13,9 pp), deux territoires faisant figure de bastion des S&D au niveau européen.
Derrière une apparente stabilité (-0,6 pp), les libéraux-centristes du groupe Renew Europe (RE) obtiennent des résultats très contrastés. À trois défaites significatives en Castille-et-León (-10,6 pp), en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (-6,4 pp) et Schleswig-Holstein (-4,9 pp) répondent en effet quatre succès plus modestes en France (+3,8 pp aux élections présidentielles en avril, mais un gouvernement minoritaire après les législatives de juin), au Portugal (+3,9 pp) et en Sarre (+2,8 pp), et une seule victoire nette, celle du mouvement Liberté de Robert Golob en Slovénie (+13,9 pp pour l’ensemble des partis du groupe RE), récemment rattaché au groupe.
Les partis conservateurs du Parti populaire européen (PPE) connaissent le recul le plus important de ce semestre, avec -2,6 pp. Ils obtiennent leurs deux seules victoires dans les Länder de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (+3,0 pp) et surtout de Schleswig-Holstein (+10,0 pp), où le ministre-président sortant Daniel Günther voit sa popularité confirmée. Toutes les autres élections donnent lieu à des défaites parfois sévères : en France (-15,2 pp), en Sarre (-12,1 pp), en Slovénie (-4,4 pp), au Portugal (-2,1 pp) et à Malte (-1,9 pp), le poids électoral de la droite traditionnelle décroît.
Les nationaux-conservateurs du groupe CRE n’étaient rprésents que dans deux élections du programme principal de BLUE, en France (DLF) et en Castille-et-León (Vox) 1 . Ils enregistrent un recul en France (-2,6 pp) et une nette hausse en Castille-et-León (+12,3 pp), où ils entrent au gouvernement régional en coalition avec le PP (PPE).
Enfin, le groupe d’extrême droite ID stabilise ses positions après deux semestres de baisse (+0,5 pp), grâce aux gains importants au Portugal (+6,0 pp) et en France (+1,9 pp au premier tour des élections présidentielles, 7,7 pp au second) aux dépens de la droite traditionnelle. Ils reculent en revanche dans les trois Länder allemands ayant voté ce semestre (de -0,5 à -2,0 pp).
Les partis non-inscrits et les coalitions trans-groupes ont connu des gains importants, de l’ordre de 2,9 pp en moyenne (+1,3 pp en ignorant le cas spécifique de la Hongrie). Hors Hongrie, l’élection présidentielle française a connu la plus forte progression des non-inscrits (+7,8 pp), notamment au travers de la candidature du candidat ultranationaliste Éric Zemmour.

a • Résultats agrégés des groupes de partis européens entre décembre 2021 et mai 2022

Parties entering and exiting regional and national parliaments

À l’exception de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie et de Malte, tous les parlements régionaux et nationaux où se sont tenues des élections au cours du premier semestre 2022 ont été marqués par l’émergence ou la disparition de partis politiques.
La Slovénie est le pays où le système partisan a été le plus bouleversé. En 2022, 9 nouveaux partis issus du centre, de la droite, du mouvement écologiste et un parti d’inspiration conspirationniste s’opposant à la politique de lutte contre la Covid-19 ont concouru aux élections générales. Seul le Mouvement pour la Liberté, qui rassemblait une grande coalition de partis centristes, a fait son entrée au parlement en remportant les élections face au Premier ministre de droite sortant, Janez Janša, accusé de porter atteinte à l’état de droit et à la liberté de la presse dans le pays. Le parti de la défense des intérêts des retraités slovènes quitte le parlement en passant d’environ 5 % à moins d’1 %, ce qui ne suffit pas pour continuer de siéger au Parlement slovène.
À l’Assemblée Nationale française, la coalition NUPES a permis à Europe Écologie les Verts (EELV, Verts/ALE) d’obtenir 23 sièges, lui permettant de faire son retour à la chambre basse après une législature (2017-2022) où le parti n’avait pu former un groupe. Si le Rassemblement National (ID) disposait déjà d’un peu moins de 10 sièges entre 2017 et 2022, la percée de juin 2022 permet au parti d’être pleinement représenté à l’Assemblée Nationale et de disposer du premier groupe d’opposition dans le mesure où les partis de la coalition NUPES (GUE/NGL-Verts/ALE-S&D) ne forment pas un groupe unique.
En Hongrie, le parti d’extrême droite Notre pays, fondé par des dissidents du Jobbik, parti d’inspiration nationaliste mais qui a fait son aggiornamento vers la droite conservatrice, puis qui a guidé la coalition de l’ « Opposition unie » face à Viktor Orbán, a fait son entrée au Parlement hongrois en remportant 6 sièges.
Enfin, au Portugal, où se sont tenues des élections anticipées après la chute de la coalition de gauche au pouvoir, le Parti populaire (centre-droit) qui détenait 5 sièges perd sa représentation au Parlement portugais, passant d’un peu moins de 5 % à 1,60 %.
En Irlande du Nord, le Parti vert qui ne se positionne pas sur la question de l’avenir institutionnel de l’Irlande du Nord perd ses 2 sièges et rejoint l’opposition extra-parlementaire. Le parti disposait de sièges au parlement nord-irlandais depuis 2007. Entre 2016 et 2022, il avait obtenu entre 16 000 et 18 000 voix sans parvenir à élargir sa base électorale.
Ciudadanos (centre-droit) continue son processus de disparition de la scène politique espagnole, mais parvient à sauvegarder une maigre représentation au Parlement régional de Castille-et-Léon, passant de 12 à 1 siège. Le parti pour la défense des intérêts des territoires en périphérie Espagne Vide (régionalisme, agrarisme, localisme) obtient 3 sièges et entre au Parlement régional.
Enfin, au Schleswig-Holstein, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AFD) quitte le Parlement régional en perdant ses 5 sièges acquis lors des élections de 2017.

Participation

Dans la période couverte par ce numéro, la participation électorale était tendanciellement en baisse. Le phénomène a touché plusieurs scrutins cruciaux, alors même que l’Europe affrontait des crises importantes.
En France, deux scrutins majeurs se sont succédé entre avril et juin 2022. D’abord l’élection présidentielle qui a eu lieu le 10 et le 24 avril 2022, puis l’élection législative le 12 et le 19 juin 2022.
En ce qui concerne les deux tours de l’élection présidentielle, ils ont attiré moins d’électeurs qu’en 2017. On observe une baisse de -4,08 pp pour le premier tour par rapport au dernier scrutin, et une baisse de -2,57 pp pour le second tour. Alors que la guerre en Ukraine débutait, le président sortant Emmanuel Macron a mené une campagne relativement discrète, et les débats entre candidats ont été moins nombreux. L’ensemble de ces éléments a produit une forme de non-campagne électorale.
Pour ce qui est des législatives, le bilan en termes de participation est plus nuancé. La participation était en baisse de -1,19 pp au premier tour par rapport au scrutin de 2017, mais en hausse de 3,59 pp au second tour. La participation reste toutefois très basse, en-deçà des 50 %.
Au Portugal, des élections législatives anticipées ont été organisées après que le Bloc de gauche (BE) et la Coalition démocratique unitaire (incluant les Verts et le Parti communiste portugais) ont retiré leur soutien sans participation au gouvernement socialiste d’António Costa. La participation de cette élection (cruciale puisqu’elle détermine la couleur politique du gouvernement) a légèrement augmenté par rapport au scrutin de 2019, dépassant le seuil symbolique des 50% : elle gagne +2,85 pp en passant de 48,57 % à 51,42 %.
En Hongrie, la participation est restée stable, à 69 %. Victor Orbán a en effet réussi à mobiliser ses électeurs, notamment en organisation simultanément avec les élections législatives un référendum portant sur les questions d’éducation à la sexualité, qui prétendait mettre fin à la « promotion de l’homosexualité et de la transidentité » dans l’enseignement scolaire.
À Malte malgré une participation beaucoup plus élevée qu’ailleurs en Europe (85,44 %), la mobilisation a faibli. L’élection du 26 mars 2022 est d’ailleurs celle qui aura enregistré la participation la plus faible depuis 1955, en baisse de -6,62 pp par rapport au scrutin de 2017.
En Allemagne, trois élections régionales successives se sont tenues entre mars et mai 2022. En Sarre, plus petit Land d’Allemagne, les élections ont eu lieu le 27 mars 2022. La participation a baissé de plus de 8 points (-8,34 pp) par rapport au précédent scrutin de 2017. En Schleswig-Holstein, les élections ont eu lieu le 8 mai 2022. La participation est également plus basse qu’au précédent scrutin, mais atteint un seuil critique en passant en-deçà des 50 %, perdant plus de 8 points (-8,76 pp). Enfin, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, les élections se sont déroulées le 15 mai 2022. C’est le Land où la participation a le plus baissé, de plus de 10 points (-10,62 pp).
En Irlande du Nord, les élections régionales pour le renouvellement de l’Assemblée, ont vu pour la première fois le parti républicain et nationaliste Sinn Féin arriver en tête des élections, et cela dans un contexte où la participation est restée relativement stable, ne perdant que -1,17 pp.
En Finlande avaient lieu le 23 janvier 2022 les premières élections des nouveaux conseils régionaux. Elles ont mobilisé moins d’un électeur sur deux (47,53% de participation).
Enfin, des élections municipales se tenaient aux Pays-Bas. Le taux de participation enregistré est historiquement bas : il dépasse à peine les 50%, alors même que les précédents scrutins avoisinaient le plus souvent les 55%. On observe ainsi une baisse considérable du score des grands partis dominant la scène politique néerlandaise (VVD, CDA, et Parti socialiste), au profit de partis plus locaux.
À contre-courant de cette tendance générale, deux élections ont présenté une participation en nette hausse, en Slovénie et en Castille et Léon.
Les élections législatives en Slovénie ont en effet vu le taux de participation gagner 18,33 pp, passant de 52,63 % à 70,96 %. Robert Golob, à la tête du nouveau parti politique de centre gauche Liberté (RE), remporte le scrutin, et fait perdre à la droite slovène (SDS) la tête du gouvernement.
Enfin, aux élections régionales de Castille-et-León, les électeurs se sont largement mobilisés. La participation le 13 février 2022 a en effet augmenté de plus de 10 points par rapport au scrutin de 2019, sur fond de mobilisation autour de l’avenir des zones rurales de la région.

b • Turnout in elections from December 2021 to May 2022 and in previous elections

Interactions entre les élections

Trois élections régionales ont eu lieu en Allemagne dans les six premiers mois de l’année 2022. Le Schleswig-Holstein, la Sarre et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie (NRW) ont renouvelé leurs parlements. Ces élections étaient les premières à être organisées depuis les élections générales de Septembre 2021 (voir BLUE 2), et ont eu lieu après le début de la guerre en Ukraine. Cependant, comme le montrent les analyses réunies dans ce volume, les interactions entre elles ont été assez limitées.
Les élections sarroises ont eu lieu les premières. Comme Marius Minas le montre dans son analyse dans ce troisième numéro de BLUE, la campagne dans la Sarre avait un caractère régional distinctif et, par conséquent, on ne peut pas en extrapoler beaucoup d’interprétation sur le climat politique national ou l’impact sur les élections suivantes.
Alors que la campagne en Sarre s’est concentrée sur des politiques régionales telles que le chômage et les infrastructures, celle du Schleswig-Holstein a été largement dominée par des thèmes liés à la guerre en Ukraine (politique étrangère, dépendance et prix de l’énergie, pouvoir d’achat, entre autres), des compétences qui relèvent du gouvernement fédéral. En Schleswig-Holstein, la CDU a largement remporté l’élection. Toutefois, il ne faut pas nécessairement y voir un mécontentement à l’égard du gouvernement fédéral actuel. La victoire de la CDU est plutôt due à la grande popularité de Daniel Günther, le ministre-président réélu. Tant sa personnalité — il a l’un des taux d’approbation personnelle les plus élevés parmi les ministres-présidents en Allemagne — que sa coalition avec les Verts — jugée très réussie dans les osndages — ont été des facteurs décisifs dans les bons résultats de la CDU et des Verts (qui sont arrivés en deuxième position).
L’élection en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (NRW), en revanche, est parfois perçue comme une petite « élection générale » et considérée comme un bon indicateur du climat politique, puisqu’il s’agit du plus peuplé des États allemands. Ici, la CDU a également gagné, et les Verts ont obtenu leur meilleur résultat à ce jour en NRW. Les deux partis ont maintenant formé une coalition, la première de ce type en NRW. Cette constellation a peut-être bénéficié du succès apparent de la coalition Noirs/Verts (CDU/Verts) dans le Schleswig-Holstein. Alors que le SPD a perdu 2,7 points, le FDP, le troisième parti de la coalition nationale et le précédent partenaire de coalition junior en NRW (CDU/FDP), a perdu 6,7 points. Comme le note Constantin Wurthmann dans son analyse, il semble qu’une tendance nationale et régionale se dessine, selon laquelle les Verts tendent à remplacer le FDP en tant que troisième parti et partenaire de coalition privilégié.

Écarts entre ville et campagne

BLUE a construit un indicateur mesurant la polarisation du vote entre les zones urbaines et rurales. Étant donné les parts électorales u1, …, up des partis dans l’électorat d’urbain et les parts de vote r1, …, rp de ces mêmes partis dans l’électorat rural (en pourcent), on considère :
1/2 ( |r1 – u1| + … + |rp – up| ).
Le résultat varie entre 0 et 100, 0% indiquant un résultat identique dans les électorats urbain et rural qui sont identiques, alors que 100 % correspond à un vote totalement différent entre zones urbaines et zones rurales.
Dans la période couverte par ce numéro de la revue, l’indicateur est resté stable pour une grande partie des élections qui ont eu lieu en Europe. La principale exception concerne les élections municipales néerlandaises, pour lesquelles l’indicateur est beaucoup plus élevé que dans le reste de l’Europe pour la période couverte. Lors de ces élections, 57 % des votants des zones urbaines votent en effet différemment des votants des zones rurales. Pour ces municipales, qui ont enregistré le plus bas taux de participation depuis 1955, le clivage rural/urbain s’est ainsi renforcé aux de 5 pp.
En France, pour les élections présidentielles, l’écart s’est également renforcé. Il gagne pratiquement 6 pp en passant de 24 % au précédent scrutin de 2017 à 30 % en 2022. On remarque ainsi un démarquage net entre une partie des grandes métropoles où le vote s’est tourné vers Jean-Luc Mélenchon, les campagnes du nord et du sud de la France qui ont plutôt voté pour Marine Le Pen, et l’ouest de la France largement dominé par le vote pour Emmanuel Macron. Le scrutin de 2022 a confirmé dans ce domaine la dynamique entamée en 2017.
En Slovénie, l’écart s’est légèrement creusé de 2 pp, faisant passer l’indicateur de 29 % à 31 %. La différence électorale entre votes urbains et ruraux est restée relativement stable.
Pour les élections législatives anticipées au Portugal, l’indicateur n’a guère évolué : autour de 14 %, il est assez faible dans la comparaison européenne.
La Hongrie s’illustre de son côté par une baisse de l’écart des votes entre électeurs des villes et des campagnes. Pour ces élections législatives, qui ont reconduit Viktor Orbán à la tête du gouvernement, l’indicateur a en effet baissé de 4 pp, passant de 34 % en 2018, à 30 % pour le scrutin d’avril 2022.
En Allemagne, deux scrutins régionaux peuvent être analysés, en Sarre et en Schleswig-Holstein. En Sarre, l’indicateur a légèrement baissé, de 1 pp, passant de 22 % à 21 %. En Schleswig-Holstein toutefois, il augmente largement en progressant de 6 pp, atteignant 27 % ; le clivage s’est donc renforcé dans ce Land.
Avec un scrutin largement dominé par la question de l’exode rural, Castille-et-Léon s’illustre par une baisse de l’écart, déjà très faible au dernier scrutin. On observe ainsi une diminution de 2 pp par rapport aux dernières élections régionales, permettant à l’indicateur de la communauté autonome de plafonner à 13 %.

c • Indicateur de clivage urbain-rural pour les élections de décembre 2021 à mai 2022 et les scrutins précédents

Déterminants socio-économiques du vote

Ce semestre, les taux de migration de nette et de natalité ont montré les corrélations les plus significatives avec le comportement électoral. L’effet de la migration net sur le vote des Verts/EFA était positif, alors qu’il était négatif pour les groupes S&D, RE et CRE. Ce résultat est cohérente avec les analyses des semestres précédents, sauf pour le groupe RE, dont les bonnes performances dans la France rurale s’accompagnant de scores plus faibles dans la plupart des grandes métropoles peuvent expliquer un résultat différent. La corrélation entre taux de natalité et le vote pour les groupes était négatif pour le groupe ID et positif pour le groupe PPE.
Sans surprise, les Verts/EFA obtiennent de meilleur résultats dans les zones de forte densité de population, mais aussi, de manière moins intuitive (et comme aux précédents semestres), un PIB par habitant faible avait un effet positif sur sa part électorale.
Enfin, en moyenne, un faible taux de chômage est corrélé positivement avec la part de voix du PPE.

d • Résultats du modèle statistique à l’échelon NUTS3

Autonomie — indépendence

La victoire historique du Sinn Féin (extrême gauche, nationaliste irlandais) en Irlande du Nord, qui profite de l’effondrement partiel du Parti démocratique unioniste (droite radicale, unioniste) pour se hisser comme première force politique de la région est le fait majeur des élections nord-irlandaises. Pour la première fois depuis l’indépendance de la République d’Irlande, les républicains ont été en mesure de l’emporter dans cette région historiquement acquise aux unionistes. Si le Sinn Féin espère capitaliser après cette victoire et accélérer l’unification de l’île, le score du parti nationaliste n’est pas un plébiscite et est à mettre en perspective avec l’émergence d’un troisième parti non partisan, positionné au centre de l’échiquier politique. En obtenant 17 sièges, soit 9 de plus que lors des élections de 2017, l’Alliance est devenue la troisième force politique du pays et se veut être une force incontournable de la politique nord-irlandaise, d’autant plus que la question du protocole nord-irlandais, permettant la libre circulation des biens et des personnes entre le Nord et le Sud de l’île d’Irlande, est au cœur des tensions politiques dans la région. Si les unionistes souhaitent dénoncer l’accord, les nationalistes et l’Alliance tiennent à préserver cet accord pour des raisons culturelles et commerciales. Le protocole nord-irlandais permet de maintenir les frontières entre les deux parties de l’Irlande ouvertes, à condition que l’Irlande du Nord reste dans le marché unique européen.
A l’Assemblée Nationale, les autonomistes corses de Femu a Corsica et du Partitu di a nazione corsa conservent les 3 sièges sur 4 obtenus en juin 2017. La 1ère circonscription de Corse-du-Sud reste dans les mains de la droite insulaire, alliée au parti de l’ancien Premier ministre Edouard Philippe. Les 3 députés autonomistes feront sans aucun doute partie des négociations sur l’avenir institutionnel de la Corse engagées à la suite des émeutes en Corse de mars 2022, à la suite de la mort en prison du militant indépendantiste Yvan Colonna, assassiné par un codétenu. La Bretagne élit officiellement le député Paul Molac qui s’est présenté sous bannière régionaliste, anciennement député PS puis LREM. Paul Molac avait quitté le groupe LREM au cours de la législature 2017-2022 pour former le groupe « Liberté et territoires » avec des centristes et les autonomistes corses. Dans les outre-mers, les indépendantistes tahitiens et martiniquais, et les régionalistes réunionnais obtiennent eux aussi des sièges et viennent renforcer les effectifs de la coalition NUPES à l’Assemblée Nationale.

Mouvements anti-corruption

Si les questions de corruption ont été abordées au cours de campagnes précédant certaines élections, notamment en Hongrie, en Slovénie et à Malte, il semble que seule la Slovénie ait vu ces accusations se traduire par un changement politique.
En Hongrie, les problèmes de corruption sont évidents, sans compter les violations de l’État de droit et les partis pris dans le financement des campagnes. Pourtant, la coalition anti-Orban n’a pas réussi à devenir un mouvement anti-corruption crédible et a finalement perdu les élections — comme l’explique Eszter Farkas, au-delà des nombreux obstacles qu’ils ont rencontrés, cela est également dû au fait que les différents partis ne sont pas eux-mêmes exempts de scandales de corruption.
En Slovénie, qui se caractérise par une relative instabilité politique depuis 2008, plusieurs scandales de corruption ont éclaté pendant la pandémie du Covid-19, ainsi que des allégations d’ingérence dans les institutions publiques indépendantes. Cela a conduit à des manifestations anti-gouvernementales centrées sur des revendications anti-corruption. Finalement, le nouveau venu Robert Golob, qui encourageait les sentiments anti-gouvernement, a été élu. Cependant, peu avant l’élection, il a été cible d’accusations d’avoir des comptes bancaires étrangers non déclarés. Ces accucations semblent cependant avoir eu peu d’impact sur son élection.
Il convient également de noter que le gouvernement déchu dirigé par Janša a distribué des bons d’énergie à l’ensemble de la population deux semaines seulement avant l’élection.
Enfin, Malte a été secouéepar des scandales de corruption à grande échelle ces dernières années en Europe. Le système des passeports dorés, le meurtre de la journaliste Daphne Caruana Glizia et les révélations des Panamá et Pandora papers ont influencé la politique nationale au cours des dernières années et ont eu un impact sur les élections de 2022. Comme en Slovénie, le gouvernement maltais a distribué des « chèques supplémentaires » et offert des réductions d’impôts dans les semaines précédant les élections. Malgré une presse négative constante sur l’île, le mouvement anti-corruption n’a pas réussi à capitaliser sur le mécontentement ; au contraire, il semble que la colère des citoyens se soit plutôt traduite par l’abstention : la participation a chuté de 7 points environ (de 92 % à 85 %).

Territoires d’outre-mer

Deux élections analysées dans ce volume ont eu lieu en partie dans des Régions ultrapériphériques (RUP) et des Pays et territoires d’outre-mer (PTOM) de l’Union européenne : les élections présidentielles et législatives françaises ont eu lieu dans tous les outre-mers français, et les élections générales portugaises dans les RUP des Açores et de Madère.
Le résultat du vote des résidents d’outre-mer français a fortement différé de la moyenne nationale. Au premier tour de l’élection présidentielle, ´Jean-Luc Mélenchon (FI, GUE/NGL), arrivé troisième au niveau national, a emporté une majorité absolue des suffrages dans trois RUP (Guadeloupe, Martinique, Guyane) et une majorité relative dans deux autres (Saint-Martin, La Réunion), alors qu’à Mayotte, région la moins développée de l’Union, Marine Le Pen (RN, ID) a obtenu 43 % des voix au premier tour. Au contraire d’une majorité de votants de gauche dans la métropole française, les citoyens d’outre-mer ont souvent porté leur voix sur Le Pen contre Macron au second tour, lui donnant une majorité dans l’ensemble des RUP — ces transferts peuvent s’expliquer par l’insatisfactions avec la performance du président sortant après des années de conflit larvé et de tensions politiques et sociales persistantes. Dans deux PTOM situés dans l’Océan atlantiquecean (Saint-Pierre-et-Miquelon et Saint-Barthélémy), des tendances similaires ont été observées, tandis que dans les PTOM du Pacifique (Polynésie française, Nouvelle Calédonie, Wallis-et-Futuna), Emmanuel Macron l’a emporté aux deux tours de scrutin. La participation a été plus faible que la moyenne dans l’ensemble des outre-mers, les chiffres les plus faibles étant mesurés en Nouvelle Calédonie (35%), reflétant principalement le refus des principaux partis pro-indépendance de participer au processus électoral. Dans l’ensemble, le vote des résidents d’outre-mer a mis en valeur la déconnexion croissance entre les dynamiques de la métropole française et l’opinion publique des outre-mers, ainsi que l’insatisfaction de ces derniers vis-à-vis des autorités centrales.
En comparaison, le comportement électoral dans les régions autonomes des Açores et de Madère, dont le nouveau d’autonomie politique est plus important que celui des OMR français, était moins spécifique. Dans les deux régions, le PSD (PPE), fait unique à l’échelle du pays, se présentait sur une liste commune avec d’autres partis de centre-droit. La coalition menée par le PSD a remporté la circonscription de Madère (son unique victoire dans une circonscription protugaise), obtenant son troisième meilleur résultat national, tandis que le PS l’a emporté aux Açores. Tant le parti de gauche radicale BE que le parti d’extrême-droite Chega ont obtenu de faibles performances dans ces deux régions.

Questions européennes

Ces élections ont largement été affectées par l’actualité politique européenne, et certains de leurs résultats auront des conséquences significatives sur le processus décisionnel européen, notamment au sein du Conseil.
En premier lieu, l’invasion de l’Ukraine le 24 février 2022 a largement capté l’attention des médias, plaçant la couverture des élections nationales et régionales au second plan. Ainsi, aux Pays-Bas, à Malte ou en Castille-et-León, les scrutins étaient moins couverts par la presse nationale. Par ailleurs, il est également probable que le début de la guerre ait desservi les campagnes électorales des partis favorables à la Russie ou entretenant des liens étroits avec le régime de Poutine — excepté dans le cas de la Hongrie, où Fidesz a de nouveau remporté une large majorité. Les impacts de la guerre, en particulier les sanctions européennes à l’égard de la Russie, ses conséquences sur les chaines d’approvisionnement et la situation énergétique, ont également fait l’objet de nombreux débats au sein des États-membres. En Hongrie, la victoire du parti de Viktor Orban, Fidesz, qui depuis le début de la guerre mène une politique d’ambiguïté stratégique vis-à-vis du régime de Poutine, menace l’unité européenne. En effet, si la Hongrie a accepté les cinq premiers paquets de sanctions européens contre Moscou, elle a bloqué l’adoption du sixième qui prévoyait notamment un embargo sur le pétrole russe. La Hongrie a finalement obtenu une exemption temporaire pour les importations de pétrole par oléoduc, lui permettant de continuer à acheter du pétrole bon marché à la Russie. Depuis, Viktor Orbán a rencontré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à Moscou afin de discuter de l’achat de 700 millions de mètre cube de gaz.
Si la guerre russo-ukrainienne a monopolisé l’actualité et de fait orienté les débats électoraux, des tendances plus spécifiques à chaque élection sont à souligner au regard de leur importance pour l’UE.
En Irlande du Nord, le parti nationaliste pro-réunification Sinn Féin est devenu pour la première fois le parti majoritaire au sein de l’Assemblée nord-irlandaise obtenant 27 sièges, reléguant ainsi le Parti unioniste démocratique (DUP) à la deuxième place avec 25 sièges. Alors que le premier ministre du DUP, Paul Givan, avait démissionné en février afin de protester contre l’application du protocole nord-irlandais dans le cadre du Brexit, son parti refuse de former un nouveau gouvernement tant que les contrôles aux frontières ne seront pas abandonnés. Si les députés britanniques ont voté une révision du protocole unilatéralement en juin, cette démarche fait l’objet d’une procédure d’infraction par la Commission européenne et n’a pas débloqué la situation, la nomination d’un nouveau premier ministre en Irlande du Nord reste suspendue à la renégociation du protocole et à l’élection du nouveau premier ministre britannique prévu début septembre.
Enfin, il est à noter que certains partis populistes anti-européens ont gagné en représentation. En Hongrie, Fidsez a renforcé sa position tandis que les partis d’extrême droite en Castille et Léon et au Portugal, respectivement Vox et Chega, ont vu leurs scores augmenter atteignant 7,2 % et 17,5 %. Il est également à souligner que Volt, parti politique pro-européen, était présent aux élections municipales néerlandaises et aux élections législatives maltaises. Aux Pays-Bas, il n’était représenté que dans peu de municipalités et à Malte, son score est apparu décevant, notamment du fait par sa position pro-avortement qui fait largement débat sur l’île.

Les forces politiques européennes au 1er juin 2021

La carte continentale

Notes

  1. Afin de permettre une comparaison plus aisée entre les semestres, les valeurs moyennes présentées ci-dessous excluent les élections en Irlande du Nord et les élections locales aux Pays-Bas, traitées dans une section spéciale de la revue, pour ne retenir que les élections nationales et régionales.
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François Hublet, Jean-Toussaint Battestini, Lucie Coatleven, Charlotte Kleine, Mattéo Lanoë, La synthèse continentale, Groupe d'études géopolitiques, Oct 2022,

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