Bulletin des Élections de l’Union Européenne
Élections parlementaires en Rhénanie-Palatinat, 14 mars 2021
Numéro #1
Défilement

Numéro

Numéro #1

Auteurs

Marius Minas

21x29,7cm - 107 pages Issue #1, Septembre 2021 24,00€

Élections en Europe : décembre 2020 – mai 2021

Voter en 2021

Le 14 mars 2021, une « super année électorale » (Superwahljahr) a débuté en Allemagne. Ce dimanche-là, les citoyens de Rhénanie-Palatinat et du Bade-Wurtemberg étaient appelés à élire leurs représentants dans leurs parlements régionaux respectifs. La Saxe-Anhalt, Berlin et le Mecklembourg-Poméranie occidentale suivront plus tard dans l’année, et l’élection du 20e Bundestag allemand aura lieu le 26 septembre 2021. Ces six élections différentes au niveau des Länder et au niveau fédéral — plus les élections locales — sont toutes d’une grande importance pour prendre la température du paysage politique allemand dans son ensemble. À ceci s’ajoute que, dans un système allemand fondamentalement multi-niveaux, les élections aux différentes échelles s’influencent mutuellement (Jun et Cronqvist, 2020:305 ; Detterbeck et Renzsch, 2008 ; Burkhart, 2007). Les élections en Rhénanie-Palatinat et dans le Bade-Wurtemberg peuvent donc être considérées non seulement comme un prélude chronologique, mais aussi comme un réservoir de signes avant-coureurs de cette « super année électorale ».

L’épidémie de Covid-19 étant l’un des faits marquant de 2021, ses conséquences sur le processus électoral ont été majeures (Leininger et Wagner, 2021). D’une part, d’un point de vue organisationnel, des protocoles sanitaires et des règlements pour les bureaux de vote ont été élaborés et mis en œuvre, et leur application a dû être contrôlée; le vote par correspondance s’est également développé. D’autre part, le débat sur la pandémie occupe une grande partie du discours politique. L’attitude des partis à l’égard des mesures anti-Covid vient compléter — et parfois même éclipser — le contenu traditionnel des programmes électoraux. Les représentants des partis au pouvoir au sein du gouvernement fédéral et des gouvernements des Länder font l’objet d’une attention (encore) plus grande de la part des médias, la gestion de la crise en Allemagne tendant de plus en plus à être gérée par les exécutifs.

Pendant ce temps, la campagne électorale traditionnelle sur le terrain est fortement limitée. La répartition inégale de la présence médiatique des candidats et de leurs partis qui en résulte favorise les sortants, offrant à ces derniers une visibilité supplémentaire et donc un avantage non-négligeable dans la campagne électorale. Sur le plan programmatique, la population a tendance à accorder une confiance particulière aux élus en place en période de crise, en vertu d’un possible effet de « ralliement autour du drapeau » (« rally around the flag »). Selon Mueller, cet effet est particulièrement sensible à la suite d’événements dramatiques, qui attirent l’attention du public sur les responsables publics (Leininger et Wagner, 2021 ; Mueller, 1970). C’est, sans aucun doute, le cas de la pandémie de Covid-19.

L’augmentation du nombre de bulletins de vote par correspondance modifie également les facteurs contextuels tels que définis par le « paradigme de Michigan » fréquemment utilisé dans l’analyse électorale. Les électeurs qui ne s’identifient pas fortement à un parti ne décident que dans les jours précédant l’élection, voire le jour-même de celle-ci, pour quel parti ils vont voter. Ainsi, habituellement, le traitement médiatique des candidats et des thèmes en jeu dans les semaines précédant le vote ont une influence importante sur les décisions des électeurs. En revanche, dans le cas des votes par correspondance, la période qui s’écoule entre l’envoi du bulletin de vote et le jour de l’élection se reflète à peine, voire pas du tout, dans la décision de vote. Ce fut notamment le cas avec la polémique, dite « affaire des masques », concernant les accusations d’ennrichissement personnel dans le cadre d’opérations d’importation de masques qui ont visé plusieurs députés CDU/CSU au Bundestag.

Les résultats de l’élection du Land de Rhénanie-Palatinat de 2021 en perspective

En 2021, 101 députés ont été élus dans 52 circonscriptions de Rhénanie-Palatinat selon un système de représentation proportionnelle mixte. Avec un premier vote, les citoyens élisent un député par circonscription à la majorité simple. Toutefois, la proportion des sièges dévolue à chaque parti au sein du parlement régional est déterminée en fonction des résultats d’un second vote, exprimé simultanément — les sièges étant répartis seulement entre les partis ayant dépassé le seuil de 5% des voix au niveau régional. Après déduction des sièges remportés dans les circonscriptions (premier vote), les sièges restants sont attribués sur les listes du Land ou des circonscriptions 1 .

La participation électorale en 2021 a été de 64,3% (2016 : 70,4%) ; la proportion de votants par correspondance était de presque deux-tiers (2016 : environ 31%).

Comme le montrent les graphiques présentés dans l’encart « les données », le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD, S&D) est sorti vainqueur du scrutin, déjouant les sondages réalisés dans les mois précédant l’élection 2 . Avec 35,7% des voix au niveau du Land et 32,2% des voix dans les circonscriptions, le parti a remporté 39 des 101 sièges, dont 28 sont des mandats directs. L’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU, PPE), qui devançait de peu le SPD dans les sondages préélectoraux susmentionnés, a obtenu 27,7% des voix au niveau du Land et 31,4% des voix dans les circonscriptions le jour de l’élection — le pire résultat jamais obtenu par la CDU en Rhénanie-Palatinat dans une élection régionale. Le parti obtient 31 sièges au parlement du Land, dont 23 sont des mandats directs. Bündnis90/Die Grünen (Les Verts, Verts/ALE) devient la troisième force au Parlement avec 9,3% des voix au niveau du Land et 10,9% des voix dans les circonscriptions, et obtiendra donc dix sièges (dont un mandat direct). L’Alternative pour l’Allemagne (AfD, ID) a obtenu 8,3% des voix au niveau du Land et 7,6% des voix dans les circonscriptions, ce qui représente neuf sièges au Parlement. Le troisième parti au pouvoir (aux côtés du SPD et des Verts), le Parti démocratique libre (FDP, RE), réintègre également le Parlement avec six sièges, après avoir obtenu 5,5% des voix au niveau du Land et 6% des voix dans les circonscriptions. Le parti des Électeurs libres (Freie Wähler, RE) est un nouveau venu au parlement régional. Ayant obtenu 5,4% des voix au niveau du Land et 7,5% des voix au niveau des circonscription, le parti aura lui aussi six sièges au Parlement. Le Parti de gauche (Die Linke, GUE/NGL) 3 , le Parti de la protection des animaux (Tierschutzpartei) 4 , Le Parti (Die Partei) 5 , Volt (Verts/ALE) 6 et d’autres formations 7 n’ont pas réussi à atteindre le seuil des 5%.

Par rapport à l’élection d’État de 2016, deux des six partis représentés au nouveau parlement du Land ont amélioré leurs résultats régionaux. Les Verts ont augmenté leur part de 4,0 points et les Électeurs libres de 3,2 points de pourcentage. Les quatre autres partis ont vu leur part de voix diminuer. Alors que les pertes des deux derniers partis au pouvoir, le SPD (-0,5 pp) et le FDP (-0,7 pp), sont relativement faibles, les deux partis d’opposition ont enregistré des pertes plus importantes : CDU (-4,1 pp); AfD (-4,3 pp). Une évolution similaire se dessine lorsque l’on examine les différences de votes dans les circonscriptions en 2021 et 2016. Les Verts (+4,5 pp), les Électeurs libres (+3,2 pp) et l’AfD (+0,6 pp) ont amélioré leurs résultats, tandis que le FDP (-0,8 pp), la CDU (-3,4 pp) et le SPD (-3,9 pp) ont enregistré des pertes.

Facteurs explicatifs selon le modèle de Michigan

En 2020, Jun et Cronqvist ont décrit la concurrence entre les partis en Rhénanie-Palatinat comme un « pluralisme modéré » (Jun et Cronqvist, 2020:306 sqq.), où le SPD et la CDU dominent la scène. Ces partis se considèrent comme les « principales forces susceptibles d’obtenir les faveurs des électeurs » (ibid.: 305), ce qui rend la tâche comparativement plus difficile aux petits partis en Rhénanie-Palatinat qu’au niveau national. Les bases électorales des Verts et du FDP — qui ont tous deux été membres du gouvernement du Land — sont instables, ce qui signifie que les deux partis ont dû acquérir de l’expérience dans l’opposition extraparlementaire (ibid.: 306). D’autres petits partis n’ont réussi à entrer au Landtag que dans des cas isolés : le Parti communiste d’Allemagne (KPD) en 1947 ; le parti du Reich allemand (DRP) en 1959; le parti national-démocrate d’Allemagne (NPD) en 1967 et l’AfD en 2016. L’élection de 2021 représente une césure à cet égard car l’AfD — malgré des pertes — a pu reconfirmer sa présence au parlement du Land. Par ailleurs, par leur entrée au parlement régional, les Électeurs Libres ont porté à six le nombre de partis représentés au parlement du Land pour la première fois dans l’histoire de la Rhénanie-Palatinat. Auparavant, ce nombre variait de deux à cinq partis. Si la domination des deux grands partis et le pluralisme modéré demeureront après l’élection de 2021, la fragmentation, la segmentation et la pluralisation parlementaires sont visiblement en augmentation.

Selon le modèle de Michigan, bien établi en sociologie électorale, ce sont avant tout les facteurs d’identification à un parti, les enjeux et les candidats qui déterminent le comportement des électeurs. L’enquête post-électorale réalisée par Infratest Dimap pour l’élection de 2021 montre des résultats intéressants à cet égard (John, 2021:11). En particulier, les électeurs du SPD, des Verts et de la CDU ont davantage opté pour leur parti par conviction. Par rapport aux autres partis, la CDU et le FDP ont bénéficié d’une forte identification au parti de la part de leur électorat : 30 % des électeurs de la CDU et 21 % des électeurs du FDP ont motivé leur décision de vote par la loyauté envers leur parti 8 . Les électeurs des Verts (72 %) et de l’AfD (71 %) étaient les plus axés sur les questions de fond, mais les Électeurs libres (64 %) et le FDP (63 %) ont également réussi à convaincre leurs électeurs par le biais de leur programme 9 . Selon l’électorat, les questions jugées les plus importantes dans le cadre de cette élection portaient sur les sujets suivants : sécurité sociale (22%), économie (20%), éducation (17%), environnement/climat (16%), pandémie de Covid-19 (12%), criminalité/sécurité intérieure (8%) et immigration (5%) (John, 2021:11).

Concernant les compétences attribuées par les électeurs aux différents partis, le SPD a un avantage sur son principal concurrent, la CDU. Le SPD devance la CDU dans le domaine de la lutte contre la pandémie comme dans ceux de la justice sociale, des écoles/de l’éducation et de l’économie. Le SPD obtient également de meilleurs résultats que la CDU en matière de protection du climat, mais il est loin derrière les Verts dans ce domaine. Ce n’est que dans le domaine des transports que la CDU est considérée comme plus compétente que le SPD (ibid.: 8 sqq. ; Forschungsgruppe Wahlen e.V., 2021:2).

Comme le prédit le modèle de Michigan, les spécificités de la compétition partisane en Rhénanie-Palatinat tiennent également à la popularité des Spitzenkanidaten. Le style politique proche des citoyens inauguré par Kurt Beck (SPD), qui lui avait valu le surnom de « père de État » (Landesvater ; Borucki et Jakobs, 2020), a été poursuivi par la ministre-présidente sortante Malu Dreyer (SPD), de sorte qu’on lui prête désormais le titre informel de « mère de État » (Landesmutter). La popularité de son style de gouvernement et la prime au sortant prédite par le contexte électoral sont également confirmées par les résultats des sondages qui l’opposaient à son concurrent direct, Christian Baldauf (CDU). Lors d’une élection directe (fictive) pour le poste de ministre-président, Baldauf aurait perdu contre son adversaire Dreyer par 28% contre 56% (Infratest Dimap, 2021b). L’écart entre les cotes de popularité mesurées est encore plus frappant : alors que 71% des personnes interrogées sont (très) satisfaites de Dreyer, Baldauf doit se contenter de 33% de (très) satisfaits (Infratest Dimap, 2021a). L’une des raisons de cet écart pourrait être le manque relatif de notoriété de Baldauf auprès de la population de Rhénanie-Palatinat. Le 25 février 2021, soit à peine deux semaines et demie avant les élections, le Süddeutsche Zeitung titrait « Qui connaît cet homme ? » au-dessus d’une photo de Christian Baldauf (Drobinski et Niewel, 2021). L’article faisait référence à une enquête du Südwestrundfunk, selon laquelle environ 40% des personnes interrogées ne connaissaient pas le candidat principal de la CDU, bien qu’il ait été président de la CDU de Rhénanie-Palatinat entre 2006 et 2011 et qu’il en soit depuis le vice-président. Selon les sondages de sortie des urnes, 51% des électeurs du SPD ont choisi leur parti en raison pour sa candidate, tandis que cela n’était le cas que de 23% des électeurs de la CDU (John 2021:11).

Facteurs explicatifs géographiques

Au-delà des trois facteurs centraux du modèle du Michigan, les cartes politiques permettent d’expliquer une partie des tendances électorales. Comme le montrent la figure a, les électeurs du SPD et de la CDU sont nombreux dans presque toutes les circonscriptions. Toutefois, le SPD est concentré dans la partie centrale de la carte, tandis que la CDU obtient ses meilleurs résultats dans le nord et le sud-ouest du Land. Comme le montre une analyse de composantes principales (figure b, gauche), 49% de l’écart des résultats communaux par rapport à la moyenne régionale s’explique par le fait qu’il y a plus d’électeurs de la CDU, moins d’électeurs du SPD et moins d’électeurs de l’AfD dans ces circonscriptions. La figure a montre également que l’AfD a pu réaliser des bons scores dans les régions rurales du sud du pays.

Cette même figure montre une tendance typique pour les Verts : le parti a recueilli des parts de voix élevées dans les zones urbaines et les villes universitaires telles que Mayence, Trèves, Coblence et Landau. Alors que la carte politique ne fournit pas beaucoup d’informations sur le FDP, seuls quelques districts du nord-ouest du Land semblant être mis en évidence, la circonscription de Bitburg-Prüm, dans laquelle les Électeurs Libres ont obtenu 21,3% des voix du Land, se distingue. Ce succès régional dans l’Eifel s’explique en partie par la popularité de leur candidat principal Joachim Streit, qui a grandi dans la région. Dans le passé, Streit, grâce à une campagne intensive de porte-à-porte, a été élu maire de Bitburg et a ensuite accédé au poste de Président de district (Ludwig, 2021). Comme le montre la figure b, à droite, le résultat relativement fort des Électeurs libres s’accompagne de la faible performance — par rapport aux résultats du Land — de la CDU et du SPD dans cette région.

d • Clustering des résultats par commune

L’analyse des clusters (figure d) confirme les résultats d’une distinction claire nord/sud et la position spécifique de Bitburg-Prüm. La carte montrant le soutien du gouvernement dans les différentes régions donne une image similaire (figure c, gauche). Là encore, on retrouve le schéma déjà connu d’un clivage sud-nord. Cependant, ici, la circonscription de Bitburg-Prüm se confond avec le reste du nord de la région, où, dans de grandes parties, moins de la moitié de la population est satisfaite du gouvernement. La satisfaction à l’égard du gouvernement s’est davantage répandue dans le sud et le centre du pays depuis 2016. Dans un nombre nettement plus élevé de circonscriptions qu’il y a cinq ans (figure c, droite), plus de 50% de la population a voté pour le gouvernement au pouvoir entre 2016 et 2021.

Perspectives

La satisfaction générale à l’égard du gouvernement rendait le processus de formation du gouvernement largement prévisible. Au lendemain de l’élection, la ministre-présidente Dreyer a ainsi annoncé dans une interview accordée au Südwestrundfunk : « Je discute avec mes partenaires actuels de la coalition [les Verts et le FDP, n. d. a.] […] Nous voulons poursuivre la coalition « feu de circulation » [Ampel, c’est-à-dire rouge-vert-jaune, n. d. t.], je n’en ai jamais fait mystère » (Welt Online, 2021). Le politologue et expert de la Rhénanie-Palatinat Uwe Jun ne voit lui aussi « aucune alternative réelle à une nouvelle édition de l’alliance » (ibid.). Même avant les élections, et particulièrement après l’annonce du résultat officiel final — qui permet arithmétiquement une alliance du SPD, des Verts et du FDP — la relance de la coalition dite « feux de circulation » était déjà le scénario le plus probable pour la prochaine législature. Dreyer a rejeté une « grande coalition » composée avec la CDU : « Les électeurs seraient assez surpris si je disais maintenant : nous allons dans cette direction » (ibid.). Une alliance de droite composée de la CDU, du FDP (ou des Électeurs libres) et de l’AfD n’est pas une option réaliste. D’une part, la CDU rejette catégoriquement toute coopération avec l’AfD, et d’autre part, le FDP n’a guère d’intérêt à opter pour cette option en termes de contenu et de stratégie. Lors d’une conférence de presse tenue le 30 avril 2021, les négociations de coalition entre le SPD, les Verts et le FDP ont été déclarés conclues avec succès. Les congrès des partis respectifs ont ratifié l’accord de coalition la semaine suivante. Le SPD reçoit cinq des neuf ministères, dont certains sont réorganisés par rapport à la dernière législature, tandis que les deux partenaires « junior » en obtiennent deux chacun. Selon la ministre-présidente Dreyer, chacun des partenaires sera chargé d’un des trois dossiers prioritaires : Biotechnologie (SPD), Neutralité climatique d’ici 2040 (Les Verts), avenir des centre-villes (FDP) (SWR.de, 2021). Un examen de l’accord de coalition négocié par les partis montre que parmi les trois couleurs de ces « feux de circulation », le feu vert brille plus vivement que les deux autres, même si l’on a veillé à ce que chacun des partenaires de la coalition puis s’affirmer sur ses thèmes de prédilection (Tagesschau.de, 2021).

En conclusion, le SPD a su bénéficier de sa réputation de compétence dans le traitement des questions centrales de la politique du Land, mais surtout de la gestion assurée de la pandémie par sa ministre-présidente en exercice. Quoique largement devancé au niveau national, le parti est la force politique la plus puissante dans le région. À l’inverse, la CDU a subi une nette défaite, en partie à cause d’une tête de liste plutôt impopulaire et d’un mécontentement croissant à l’égard de la gestion de la crise du Covid à l’échelle nationale par le gouvernement fédéral dirigé par la CDU/CSU. Les électeurs ont également confirmé leur satisfaction à l’égard du travail gouvernemental des Verts et du FDP. Alors que les Verts profitent de la dynamique ascendante du parti au niveau fédéral et ont amélioré leur résultat depuis 2016, le FDP a subi des pertes mais reste représenté au parlement et au gouvernement. Enfin, cinq ans après l’entrée de l’AfD au parlement du Land, le succès des Électeurs libres représente un tournant en Rhénanie-Palatinat, puisqu’ils forment pour la première fois un sixième groupe parlementaire.

En ce qui concerne les prochaines élections fédérales, il n’est pas certain que ces élections aient déclenché des dynamiques particulières. Le SPD a pu gagner un point de pourcentage (de 16% à 17%) dans le sondage dominical pour l’élection fédérale réalisé au lendemain du scrutin. Il est impossible de déterminer avec certitude s’il s’agit d’un « effet Rhénanie-Palatinat », car le parti a rapidement perdu ce bonus marginal et se situait à la mi-avril à 15 points de pourcentage (Infratest Dimap, 2021c). Cette année, il est plus probable que la politique fédérale elle-même, notamment la gestion de la pandémie et la popularité des principaux candidats, aura une influence plus importante sur le résultat des élections fédérales que les tendances régionales individuelles. L’effet de signal d’une coalition de feux de circulation vis-à-vis de la politique fédérale est également limité. L’exemple de la Rhénanie-Palatinat montre certes la viabilité de cette configuration gouvernementale, actuellement unique, sous la direction du SPD. En mai/juin 2021, les sondages indiquaient toutefois un rapport de force différent au sein d’un hypothétique gouvernement fédéral adoptant cette formule : une coalition en feux de circulation y serait dirigée par les Verts et non par les sociaux-démocrates. La signification de cet exemple est donc limitée (Tagesschau.de, 2021).

En outre, d’autres thèmes, mais aussi divers aspects tenant à la personnalité des protagonistes, peuvent être décisifs pour obtenir les compromis nécessaires à la conclusion d’un accord de coalition. Or, il est diffiicile de savoir à ce stade s’il existera un chevauchement programmatique suffisant, au plan quantitatif comme qualifatif, entre le SPD, les Verts et le FDP au niveau fédéral. L’expérience de la Rhénanie-Palatinat semble donc difficile à généraliser.

Bibliographie

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Burkhart, S. (2007). Der Einfluss der Bundespolitik auf Landtagswahlen. In Schmid, J. et Zolleis, U. (éd.), Wahlkampf im Südwesten. Parteien, Kampagnen und Landtagswahlen 2006 in Baden-Württemberg und Rheinland-Pfalz. Berlin: LIT Verlag. pp. 191-207.
Detterbeck, K. et Renzsch, W. (2008). Symmetrien und Asymmetrien im bundesstaatlichen Parteienwettbewerb. In Jun, U., Haas, M. et Niedermayer, O. (éd.): Parteien und Parteiensysteme in den deutschen Ländern. Wiesbaden: VS Verlag für Sozialwissenschaften. pp. 39-55.
Drobinski, M. et Niewel, G. (2021). Wer kennt diesen Mann? Süddeutsche Zeitung, n°46, 25 février 2021. p. 3.
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Infratest Dimap (2021c). Sonntagsfrage Bundestagswahl. En ligne [consulté le 27 avril 2021].
John, S. (2021). Landtagswahl Rheinland-Pfalz 2021. Ergebnisse und Analysen. böll.brief — Demokratie und Gesellschaft #22. Heinrich-Böll-Stiftung.
Jun, U., et Cronqvist, L. (2020). Der Wandel des Parteienwettbewerbs in Rheinland-Pfalz. Von der CDU-Dominanz zur SPD geprägten Landespolitik. In Glaab, M., Hering, H., Kißener, M., Schiffmann, D., Storm, M. (éd.), 70 Jahre Rheinland-Pfalz. Historische Perspektiven und politikwissenschaftliche Analyse. Wiesbaden: Springer VS. pp. 305-327.
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Leininger, A., Wagner, A. (2021). Wählen in der Pandemie: Herausforderungen und Konsequenzen. Zeitschrift für Politikwissenschaft. En ligne [consulté le 21 avril 2021].
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Mueller, J. E. (1970): Presidential popularity from Truman to Johnson. The American Political Science Review (64/1), pp. 18-34.
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Tagesschau.de (2021). Eine Ampel mit viel Grün. En ligne [consulté le 4 mai 2021].
Welt Online (2021). Parteien analysieren Wahl: Dreyer kündigt Gespräche an. En ligne [consulté le 27 avril 2021].

Les données

Notes

  1. Plus d’informations concernant les spécificités du système électoral de Rhénanie-Palatinat sur le site du Landtag de Rhénanie-Palatinat.
  2. « Sonntagsfrage » février 2021 : CDU 31%, SPD 30% (Infratest Dimap, 2021b) ; janvier 2021 : CDU 33%, SPD 28% (Infratest Dimap, 2021a) ; décembre 2020 : CDU 34%, SPD 28% (Infratest Dimap 2020).
  3. 2,5% des voix au niveau de l’État et 2,8% au niveau des circonscriptions.
  4. 1,7% des voix au niveau de l’État, pas de candidats directs.
  5. 1,1% des voix au niveau de l’État et 0,4% au niveau des circonscriptions.
  6. 1,0% des voix au niveau de l’État et 0,1% au niveau des circonscriptions.
  7. Autres partis, personnes ou communautés d’électeurs candidats ayant obtenu moins de 1% des voix au niveau de l’État et des circonscriptions : Pirates (Verts/EFA), ödp (Verts/EFA), Klimaliste, Basisdemokratie, Dr. Moritz, SIGGI WÄHLEN.
  8. Verts : 18%, SPD : 15%, AfD : 12%, Électeurs libres : 10%.
  9. CDU : 44%, SPD : 31%.
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Marius Minas, Élections parlementaires en Rhénanie-Palatinat, 14 mars 2021, Groupe d'études géopolitiques, Sep 2021.

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