Bulletin des Élections de l’Union Européenne
Élections régionales au Danemark, 16 novembre 2021
Issue #2
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Auteurs

Ulrik Kjær

21x29,7cm - 167 pages Numéro 2, Mars 2021 24,00€

Élections en Europe : juin 2021 – novembre 2021

Le 16 novembre 2021, des élections locales ont eu lieu dans les 98 municipalités et les cinq régions du Danemark. Le cycle électoral est fixe, les élections municipales et régionales ayant lieu simultanément tous les cinq ans, le troisième mardi de novembre (voir également Kjær 2020a, 2020b). Les élections de 2021 ont eu lieu en pleine pandémie de Covid-19, et bien que des mesures spéciales aient été prises autour de la procédure de vote, le taux de participation a légèrement diminué. En ce qui concerne les résultats électoraux, les fluctuations de la politique nationale semblent avoir eu un impact plus important que d’habitude sur les élections locales.

Le contexte

La structure actuelle des collectivités locales danoises est le reflet de la réforme majeure menée en 2007, qui a fusionné 275 municipalités en 98 et 14 régions en cinq. Les collectivités locales danoises sont très importantes, les municipalités étant responsables d’environ la moitié des dépenses publiques (48 % en 2020) et les régions d’un quart (25 % en 2020). Du fait du rôle central joué par le secteur public dans le pays, cela signifie également que le budget des collectivités locales représente un tiers du PIB du Danemark. Les municipalités sont véritablement polyvalentes, avec un portefeuille de tâches aussi diverses que les écoles primaires, les soins aux personnes âgées, les soins aux enfants, les services sociaux, le logement, la planification, les initiatives en faveur de l’emploi, les activités culturelles, les parcs, la gestion de l’eau, des eaux usées et des déchets. Les régions sont principalement responsables des soins de santé et gèrent les hôpitaux.
Le jour des élections, dans chacun des 1 383 bureaux de vote, les électeurs reçoivent deux bulletins : le premier, de couleur blanche, est dédié aux élections municipales et ; le second, de couleur jaune, aux élections régionales. Aux élections municipales, le taux de participation a atteint 67,2 %, alors qu’il était 67,0 % aux élections régionales. Ce résultat est en baisse par rapport aux dernières élections locales en 2017, où respectivement 70,8 % et 70,7 % des inscrits avaient voté. À titre de comparaison, le taux de participation était de 84,5 % lors des dernières élections législatives (5 juin 2019) et de 66,0 % lors des dernières élections au Parlement européen (26 mai 2019). Il convient de noter que le nombre de cas de Covid-19 au Danemark a augmenté de manière très significative au cours de la semaine précédant les élections, ce qui pourrait avoir eu un effet à la baisse sur le taux de participation Des mesures ont toutefois été prises afin que les électeurs puissent se présenter aux bureaux de vote même s’ils étaient nerveux à cause de la situation épidémique ; les électeurs ont ainsi été autorisés à apporter leur propre crayon pour marquer le bulletin de vote, au lieu d’utiliser celui disponible dans l’isoloir (qui est normalement la seule option acceptée). De même, les électeurs positifs au Covid-19 pouvaient voter depuis leur voiture et n’avaient pas à entrer dans le bureau de vote. Les médias ont fait leur possible pour obtenir un taux de participation élevé — au Danemark, les élections locales et les candidats locaux sont très largement couverts par les médias nationaux, régionaux et locaux (par exemple, les deux principales chaînes de télévision nationales ont diffusé en direct toute la soirée le jour du scrutin), et cette couverture n’est pas en déclin, bien au contraire.

Les résultats

Les systèmes de partis locaux au Danemark sont marqués par un vértiable plurialisme, mais aussi très nationalisés — les nombreux partis politiques qui se présentent et se font élire au parlement sont également en concurrence les uns avec les autres dans la plupart des municipalités et des régions. Les barrières à l’entrée pour se présenter aux élections municipales sont assez faibles (seules les signatures de 25 électeurs sont requises), et, par conséquent, des listes non partisanes se présentent également dans la plupart des municipalités. Toutefois, de nombreux partis en lice disposent d’une « lettre de désignation » officielle, ce qui signifie qu’ils peuvent se présenter sous la même étiquette dans toutes les municipalités et régions où ils se présentent, ne utilisant la lettre et le nom officiels de leur parti national. Seuls les partis autorisés à se présenter aux élections parlementaires se voient assigner une telle lettre — au moment des élections locales de 2021, ceux-ci étaient au nombre de 12, auxquels s’ajoute le parti de la minorité allemande qui porte la lettre S dans la partie du Danemark limitrophe de l’Allemagne. Comme le montre la figure a, les partis nationaux ont dominé les élections municipales et régionales (avec 96 et 97% des voix, respectivement). Les listes locales sont faibles dans presque toutes les municipalités et totalement absentes dans les plus grandes villes. Il n’y a pas de seuil formel à franchir pour être représenté, mais comme le nombre de sièges aux conseils varie de 9 à 31 (55 dans la capitale Copenhague), le seuil naturel est assez élevé — dans une municipalité moyenne de 25 sièges, il faut 4% des voix pour être représenté. Chacune des assemblées régionales compte 41 sièges et le seuil naturel est donc légèrement plus bas dans ce cas.
La figure a montre également que les deux partis qui dominent traditionnellement la politique locale au Danemark — les sociaux-démocrates et le parti libéral — étaient également très présents et populaires aux niveaux communal et régional. Étant les partis les plus importants, ils remportent généralement une part importante des postes de maires et de présidents d’assemblées régionale, lesquels sont élus indirectement par et parmi les conseillers. Toutefois, comme le montre également le tableau a, le Parti populaire conservateur a obtenu de très bons résultats, doublant presque sa part de voix et son nombre de maires municipaux — une augmentation qui a largement confirmé le succès du parti dans les sondages d’opinion nationaux. Ainsi, au Danemark,« deux partis et demi gouvernent dans un système multipartite » (Kjær 2022).
Cependant, le changement électoral le plus marquant a été la défaite subie par le Parti populaire danois. Ce parti populiste, plutôt de droite, qui est devenu lors des élections générales de 2015 le plus grand parti de l’opposition, a connu une élection très difficile. Sa part de voix a diminué dans toutes les municipalités et régions ; il n’a remporté que 91 sièges dans les municipalités, contre 223 en 2017, et six sièges dans les régions, contre 21 en 2017. En conséquence, le président du parti, Kristian Thulesen Dahl, a déclaré juste après les élections locales qu’il allait, en conséquence du résultat, se retirer de la tête du parti. Jamais auparavant des élections locales au Danemark n’avaient eu de telles conséquences pour la direction nationale d’un parti.
Quant aux deux principaux partis, les sociaux-démocrates et le parti libéral, ils ont tous deux connu une baisse de leur soutien dans l’électorat. Quelques mois avant les élections, les sociaux-démocrates étaient encore plutôt bien placés dans les sondages nationaux, tandis que le parti libéral était plutôt mal en point (une situation qui a changé dans les derniers mois avant les élections locales). Par conséquent, en termes relatifs, les sociaux-démocrates ont obtenu un résultat électoral plus mauvais que prévu, tandis que le parti libéral était probablement soulagé de s’en sortir avec une défaite relativement modérée (et de conserver, par exemple, la plupart de ses mairies). Dans chacune des quatre plus grandes municipalités (Copenhague, Aarhus, Aalborg et Odense), toutefois, le recul des sociaux-démocrates a atteint environ 10 points de pourcentage, ce qui a non seulement surpris la plupart des experts, mais a également touché de plein fouet les sociaux-démocrates qui, dans ces villes, ont historiquement monopolisé le pouvoir. Même s’ils ont conservé la mairie dans les quatre villes, la défaite électorale dans la capitale, Copenhague, a fait sensation, puisque les sociaux-démocrates n’y sont plus le premier parti — une position désormais occupée par le parti d’extrême gauche Alliance rouge-verte.

a • Résultat électoral agrégé des élections municipales et régionales de 2021 (comparé aux dernières élections locale et nationale)

Note : * Résultats d’un sondage d’opinion réalisé juste avant les élections, demandant aux personnes interrogées ce qu’elles voteraient lors d’une élection parlementaire si « elle avait lieu demain », publié par Berlingske Barometer.
Source : Statistics Denmark (élections locales 2017 et élections parlementaires 2019), TV2 (élections locales 2021), Berlingske barometer 14.11.21 (sondage sur les élections parlementaires 2021) et The Danish Mayoral Archive (élections municipales 2017 et 2021).

Événements marquants

Comme on peut s’y attendre lorsque 103 élections (98 municipales et cinq régionales) sont organisées le même jour, des événements complexes se produisent. Lors des élections locales de 2021, plusieurs processus de formation de coalition gouvernementale ont été particulièrement difficiles, le nom du maire pressenti changeant plusieurs fois au cours des semaines entre les élections et la première réunion du conseil, où le maire est officiellement choisi. Cependant, les plus gros titres des élections de 2021 ont concerné trois municipalités :

  • Dans la municipalité de Kolding, l’ancien ministre des affaires étrangères du Danemark s’est présenté pour son parti, le Parti populaire socialiste, défiant le parti du maire, le Parti libéral, qui présentait pour sa part l’ancienne ministre de l’agriculture Eva Kjer Hansen. La campagne pour la mairie a fait l’objet d’une grande attention, notamment de la part des médias nationaux. Finalement, aucun des deux partis n’a obtenu la majorité absolue. Dans le courant du processus de désignation, le favori du Parti populaire conservateur, Knud Erik Langhoff, s’est finalement avéré être le meilleur négociateur, et est devenu le nouveau maire à la surprise générale.
  • Dans la municipalité de Holbæk, la maire sortante issue des sociaux-démocrates, Christina Krzyrosiak Hansen, est devenue la plus jeune maire du Danemark lorsqu’à l’âge de 24 ans, elle a pris ses fonctions après les élections de 2017. Si certains commentateurs ont souligné que son jeune âge et son manque d’expérience constituaient un problème, les élections de 2021 leur ont donné tort — pas moins de 46 % des électeurs lui ont accordé un vote préférentiel (ce qui est de loin le pourcentage le plus élevé parmi les 98 municipalités).
  • Dans la municipalité de Frederiksberg, septième plus grande municipalité du Danemark enclavée dans Copenhague, le Parti populaire conservateur a perdu la mairie. Il s’agit là d’une défaite marquante puisque Frederiksberg fait figure de municipalité conservatrice par excellence. En fait, les élections de 2021 sont les premières élections en 112 ans où les conservateurs n’ont pas conquis la mairie (elle est allée cette fois à un social-démocrate).

Bien entendu, d’autres municipalités présentent des résultats intéressants, les trois présentées ci-dessous étant simplement les plus notables. On peut également observer différentes tendances communes aux diverses municipalités et régions. Par exemple, 103 femmes ont été élues aux conseils régionaux, contre 102 hommes, ce qui signifie que, pour la première fois, les femmes représentent plus de la moitié des conseillers régionaux (au niveau municipal également, un nombre record de femmes ont été élues, mais ici, le pourcentage est plus modeste : 36 %). On notera qu’il n’existe pas de quotas officiels par genre dans le système électoral danois.
Il sera nécessaire de procéder à des analyses plus approfondies des élections pour mettre en évidence des tendances plus complexes. Ces analyses seront effectuées dans les mois et les années à venir, lorsque les statistiques électorales seront publiées et, surtout, lorsque les résultats de l’enquête de l’étude sur les élections locales danoises seront disponibles. En guise de conclusion préliminaire, on pourra retenir que les élections locales de 2021 étaient davantage des élections de mi-mandat que ce que l’on voit habituellement au Danemark. L’enjeu était important pour plusieurs des partis nationaux , et l’effet des tendances nationales sur la politique locale semblent avoir été plus importantes que d’ordinaire. La démission spectaculaire de Kristian Thulesen Dahl en tant que président du Parti populaire danois en est un bon exemple, puisque la fin de son mandat a été le résultat des mauvaises performances des représentants du parti dans les 98 municipalités et les cinq régions.

Références

Kjær, U. (2020a). Local Elections — Localized Voting Within a Nationalized Party System, In Christiansen, P. (éd.), Oxford Handbook of Danish Politics, Oxford : Oxford University Press, pp. 382-399.
Kjær, U. (2020b). The 2017 Danish regional elections and the victorious parliamentary parties. Regional & Federal Studies, 30, 3, pp. 461-473.
Kjær, U. (2022). Denmark — How two-and-a-half parties rule within a multi-party system. In Gendźwiłł, A., The Routledge Handbook of Local Elections and Voting in Europe, London : Routledge, pp. 21-30.

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Ulrik Kjær, Élections régionales au Danemark, 16 novembre 2021, Groupe d'études géopolitiques, Mar 2022, 145-149.

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