Bulletin des Élections de l’Union Européenne
Élection régionale en Schleswig-Holstein, 8 mai 2022
Issue #3
Défilement

Issue

Issue #3

Auteurs

Oliver Drewes

Numéro 3, Décembre 2022

Élections en Europe : 2022

Introduction et contexte

Avec ses élections régionales du 8 mai 2022, le Schleswig-Holstein n’a pas été le seul Land où la pandémie de Covid-19, mais aussi la hausse de l’inflation, la guerre déclenchée en début d’année par la Russie contre l’Ukraine et les défis qui en découlent pour la sécurité énergétique allemande ont marqué la campagne. Cependant, des facteurs liés aux caractéristiques et aux structures de la politique du Land y ont aussi joué un rôle plus important que ce que la situation politique générale aurait pu laisser supposer. Ainsi, 70 % des électeurs ont déclaré que la politique du Land a été déterminante dans leur décision de vote, alors que seuls 26 % citaient la politique fédérale (Forschungsgruppe Wahlen 2022). Il est important de garder cela à l’esprit, car les résultats électoraux sont fortement influencés par les structures, les caractéristiques et les faits propres à chaque Land.
Outre les thèmes très actuels qui ont accompagné les élections, des facteurs personnels ainsi que le réseau de partis et de coalitions de la dernière législature jouent également un rôle central dans l’analyse de l’élection au Landtag. Étant donné que le ministre-président Daniel Günther (CDU, EPP) jouit d’une popularité nettement supérieure à la moyenne allemande avec 76% de satisfaction (Infratest dimap 2022), qu’il avait gouverné de manière relativement « silencieuse » (Becke 2022) avec sa coalition composée pour la première fois de trois partis et que son gouvernement avait également obtenu un taux de satisfaction global de 75% (Infratest dimap 2022d), le résultat des élections est dû dans une mesure significative à la popularité du ministre-président et à son style de gouvernement. Les paragraphes suivants analysent donc les performances personnelles et spécifiques aux partis, s’interrogent sur les tendances en termes de contenu et de géographie, examinent plus en détail les rapports de force dans la coalition au Schleswig-Holstein et résument l’importance de l’élection pour le système de partis du Land.

Résultats et changements

Après avoir déjà remporté les élections au Landtag en 2017, l’Union chrétienne-démocrate (CDU) a fortement accru son avance (+ 11,4 % points de pourcentage) et recueilli 43,4 % des suffrages. Elle devance ainsi de 27,4 points de pourcentage le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD, S&D), qui, en 2017, n’accusait encore qu’un retard de 4,7 points. Avec une perte de 11,3 points de pourcentage des voix, le SPD a finalement obtenu 16 %, n’est plus en mesure de concurrencer la CDU. Cette évolution est d’autant plus significative que pendant des décennies, le SPD et la CDU s’étaient disputés la suprématie politique en Schleswig-Holstein, sans qu’aucun deux ne réussisse à s’imposer durablement comme force dominante.
La nette victoire de la CDU et la plus grande défaite jamais enregistrée par le SPD en Schleswig-Holstein modifient, du moins à moyen terme, la situation de concurrence existant jusqu’à présent entre les deux partis, si bien que la CDU peut dans un premier temps imposer clairement son leadership politique, tandis que le SPD entre dans une phase intensive d’autoréflexion. Bien que le SPD ait gagné de justesse les élections fédérales en Allemagne en septembre 2021 et que le parti détienne actuellement la chancellerie, son rôle et de sa performance au niveau fédéral n’ont pas eu un effet direct sur son rôle et sa performance au niveau des Länder. Les facteurs personnels affectent en effet de manière trop importante les résultats des deux élections pour qu’une telle transposition soit poissiible. En particulier, la popularité du ministre-président a joué un rôle essentiel dans le choix des électeurs (Infratest dimap 2022a). Avec un taux de satisfaction de 75 %, Daniel Günther se situe dans le peloton de tête des ministres-présidents allemands en termes de taux de satisfaction. Si on prend comme indicateur le taux de satisfaction des ministres-présidents en exercice au moment des dernières élections, Günther est même le ministre-président le plus populaire de toute l’Allemagne (Infratest dimap 2022b). Au sein du Land également, il est de loin l’homme politique le plus populaire (Infratest dimap 2022c). Ce dernier point n’est guère surprenant, car les ministres-présidents jouissent généralement d’une notoriété nettement plus élevée que les autres hommes politiques du Land. Cela s’explique principalement par le fait qu’ils bénéficient d’une plus grande attention politique et médiatique. Daniel Günther est considéré comme un homme politique proche de la population, pragmatique et peu idéologique (Becke 2022). De même, la coalition gouvernementale qu’il dirige est bien notée dans les sondages, avec un taux de satisfaction de plus de 70 %, et même de plus de 80 % parmi les électeurs des partis de la coalition (Infratest dimap 2022d). Günther a réussi à former une coalition composée pour la première fois de trois partis (CDU, FDP — RE et Verts — Greens/EFA) et à diriger jusqu’aux prochaines élections parlementaires régulières.
Les faibles résultats du SPD l’ont relégué à la troisième place, derrière les Verts, qui consistituent le deuxième parti vainqueur de ces élections. En effet, conformément à une tendance à la hausse des résultats électoraux du parti largement observée en Allemagne, les Verts ont également gagné des voix en Schleswig-Holstein. Avec 18,3 % des voix et une augmentation de 5,4 points de pourcentage, les Verts ont enregistré un succès sans précédent et se sont hissés à la deuxième place, devant un SPD en recul.
Alors que la CDU et les Verts sont considérés comme les vainqueurs des élections, le SPD doit partager le titre de perdant des élections avec le FDP. Alors que le FDP avait gagné 5,1% de points de pourcentage de voix supplémentaires lors des élections de 2017, il se rapproche désormais dangereusement, avec 6,4%, de la barre des 5% qui fixe le seuil d’entrée au parlement régional.
L’AfD (Alternative für Deutschland (ID)) a enregistré des résultats encore plus dramatiques que le SPD et le FDP, bien qu’elle n’ait perdu que 1,5 % des voix. En effet, avec un résultat final de 4,4 %, le parti est passé sous la barre des 5% nécessaires et a quitté le Landtag. Le parti était entré pour la première fois au Landtag lors de la législature précédente. Les querelles internes et les débats d’orientation qui en ont résulté ont été fatals au parti. Ainsi, le groupe parlementaire du Landtag s’est disloqué après l’exclusion du parti (suivie d’une bataille juridique) de la porte-parole régionale, accusée de contacts avec les milieux d’extrême droite (dpa 2018), et après qu’un député a quitté le parti en raison de sa radicalisation (dpa 2020). La perte de ces deux mandats a réduit la représentation parlementaire de l’AfD à trois députés, lui faisant perdre son statut de groupe parlementaire.
Le SSW (Südschleswigscher Wählerverband), parti de la minorité danoise, est le cinquième parti à avoir obtenu des sièges au Landtag de Kiel. Le fait que le parti ait obtenu 5,7 % des voix avec 2,7 points de pourcentage de plus lors des élections est exceptionnellement sans importance pour l’entrée au Landtag, car le parti, en tant que représentant de la minorité nationale danoise, est exempté du seuil de 5 % par la loi électorale. Ce résultat représente le plus grand succès du parti lors d’une élection au Landtag.
Le résultat des élections donne un parlement régional composé de cinq partis, la CDU, de loin la force la plus forte, manquant de peu, avec 34 sièges, la majorité qu’elle aurait eue avec 35 mandats. La CDU est donc toujours dépendante d’au moins un partenaire de coalition (voir encart « les données »).

Tendances programmatiques

Si l’on interroge les citoyens sur les sujets qui ont joué un rôle dans leur choix électoral d’une part, et sur ceux dont l’importance est la plus grande au Schleswig-Holstein d’autre part, on obtient des résultats différenciés. Ainsi, d’un point de vue thématique, les sujets les plus importants pour la décision de vote ont été presque autant « le climat », « l’approvisionnement en énergie », « l’augmentation des prix » et « l’éducation » (Infratest dimap 2022d). Ces thèmes sont toutefois peu spécifiques à la situation politique du Schleswig-Holstein, de sorte qu’une question plus précise sur les problèmes du Land et l’attribution des compétences aux partis produit des réponses différentes, qui permettent d’en savoir un peu plus sur les perceptions politiques propres au Land. Ainsi, 27 % des personnes interrogées considèrent « la mobilité et le transport », 20 % « la politique énergétique ou le tournant énergétique » et 19 % « l’éducation et la formation » comme les problèmes les plus importants (NDR/Infratest dimap 2022e). La pandémie de Covid-19, toujours en cours et qui avait occupé la société pendant deux ans, n’est plus citée comme problème le plus important que par 10 % des sondés. Dans le même temps, la CDU obtient des valeurs élevées d’attribution de compétences dans les questions d’économie et d’éducation et les Verts dans les questions d’énergie et d’environnement. Le SPD se distingue par l’attribution de compétences en matière de politique familiale et de justice sociale, ce qui ne lui a pas apporté beaucoup de voix dans la mesure où ces thèmes n’étaient pas du tout décisifs pour les élections, alors que la CDU et les Verts ont obtenu des attributions de compétences dans les thèmes les plus importants au moment des élections. Les résultats des sondages se distinguent de ceux des autres Länder en ce qui concerne l’évaluation de la situation économique. Ainsi, 69 % (Infratest dimap 2022f) estiment que la situation économique est bonne. Il s’agit non seulement d’une valeur élevée par rapport aux autres Länder, mais aussi d’une valeur particulièrement remarquable, car le Schleswig-Holstein est un Land plutôt « structurellement faible » (Deutsche Fördermittelberatung 2022) et peu industrialisé, mais plutôt un Land marqué par l’économie agricole. Le Schleswig-Holstein a certes un taux de chômage plutôt faible (5,3 %) et un revenu moyen des ménages par rapport à l’Allemagne, mais son infrastructure et sa force économique restent en deçà de celles des autres Länder allemands. Pour autant, la conviction que le Schleswig-Holstein suit une bonne trajectoire économique, la popularité du ministre-président et la perception très positive de sa gestion de crise lors de la pandémie, ont probablement contribué de manière décisive à la confirmation de Daniel Günther comme ministre-président, et de la CDU comme premier parti de gouvernement.

Tendances géographiques

Avec près de 60 %, le taux de participation a atteint un niveau historiquement bas. Les données disponibles ne permettent pas de déterminer avec précision les raisons de ce faible taux, qui s’inscrit peut-être plutôt dans une tendance générale à la baisse de la participation électorale, également observée au niveau national.
L’analyse des circonscriptions électorales montre clairement la domination de la CDU qui, à deux exceptions près, a remporté toutes les circonscriptions (35 au total). Le système électoral du Schleswig-Holstein prévoit deux voix. La première voix permet d’élire le candidat direct de la circonscription, la deuxième voix permet d’élire un parti. La capacité de la CDU à remporter la quasi-totalité des circonscriptions montre clairement la force de sa position au sein de la société dans son ensemble. Seules les deux circonscriptions urbaines de Kiel et de Lübeck ont pu être remportées par les Verts, confirmant une fois de plus que l’électorat des Verts est le plus fort dans les milieux urbains et universitaires. Tandis que es Verts et le SPD ont tendance à être plus forts dans les zones plus urbaines (figures b-c), la CDU s’impose plus nettement dans les zones rurales (figure a).
La surperformance des Verts dans les milieux urbains est particulièrement net (figure d). Par rapport aux dernières élections régionales, le gradient d’urbanité du vote des Verts est cependant plus important (figure b), indiquant un comportement électoral plus clivant. Les Verts trouvent leur électorat surtout dans et autour de Lübeck et Kiel, ainsi qu’à proximité de Hambourg. Les espaces fortement ruraux représentent en revanche toujours un grand défi pour les Verts. La grande différence entre les milieux ruraux et urbains en ce qui concerne leur propension à voter en premier lieu pour la CDU ou les Verts apparaît clairement dans l’analyse en composantes principales, qui attire l’attention sur les écarts à la moyenne dans le comportement électoral (figure e).
Contrairement à la CDU et aux Verts, le SPD ne présente pas de lien géographique clair avec un milieu, ce qui indique en même temps qu’il est toujours fondamentalement capable de s’affilier partout. L’accumulation géographique de voix la plus nette, mais aussi la plus logiquement compréhensible, concerne le SSW à proximité de la frontière danoise (figure f).
Pour le FDP, on ne constate que des différences marginales au niveau régional. Il semble toutefois bénéficier d’un soutien légèrement plus important sur la côte ouest du Schleswig-Holstein que dans le reste du pays. Les différences géographiques sont tout aussi faibles pour l’AfD, dont l’électorat est cependant un peu plus nombreux à la frontière du Mecklembourg-Poméranie occidentale (située à l’Est de l’Allemagne), que dans le reste du Land.

e • Première composante principale

Formation de la coalition

Après qu’une coalition de trois partis (CDU, FDP, Verts) ait été formée pour la première fois en Schleswig-Holstein en 2017, et que la coopération entre des partis idéologiquement différents n’ait pas semblé très simple, il était douteux que cette coalition puisse perdurer cette année. Cependant, Daniel Günther s’était montré ouvert à poursuivre la coalition dans ce format avant les élections, bien que d’autres modèles de coalition semblaient mathématiquement possibles. Le faible score du FDP a eu pour conséquence de le placer en position de faiblesse dans les négociations, bien qu’il se soit déclaré prêt à gouverner avec la CDU. En même temps, la progression des Verts signifiait qu’un troisième parti n’aurait pas été nécessaire pour obtenir une majorité et que le FDP aurait eu plus à perdre qu’à gagner tactiquement à une participation governementale, car en tant que partenaire optionnel dans la coalition, il n’aurait guère pu imposer son programme. Dans cette mesure, les Verts ont rejeté la première impulsion de Günther de poursuivre la coalition de trois partis et ont proposé une alliance de deux partis. Le fait que la CDU ait choisi les Verts comme partenaire de coalition semblait tactiquement judicieux dans la mesure où les Verts, concurrents de plus en plus forts de la CDU notamment en matière de politique climatique, auraient pour prendre l’ascendant sur la CDU sur ces thématiques. En même temps, Günther partage l’attitude progressiste des Verts en ce qui concerne la parité des postes et le besoin de processus de modernisation — même au sein de son propre parti.
La modernisation du contenu et de la structure de sa propre politique n’est pas sans importance pour la CDU, ne serait-ce que parce que son électorat se réduit de plus en plus dans les jeunes cohortes d’âge (Infratest dimap 2022g), alors qu’il a tendance à augmenter chez les Verts (ibid.). Ainsi, les Verts constituent une concurrence naissante pour la CDU sur le plan thématique, démographique et, de plus en plus, personnel, car les élus verts jouent de plus en plus rarement un rôle secondaire. Actuellement, le ministre fédéral de l’Économie et de l’Environnement Robert Habeck (Verts), qui a fait partie du cabinet de Günther jusqu’en 2018 en tant que ministre de l’Agriculture et de l’Environnement et vice-premier ministre, et la ministre fédérale des Affaires étrangères Annalena Baerbock (Verts), font partie des hommes politiques les plus populaires d’Allemagne (ZDF PolitBarometer 2022). Bien que Habeck ne soit plus actif dans la politique du Land de Schleswig-Holstein, son action politique au niveau fédéral a eu un impact sur l’élection (Infratest dimap 2022h), dans la mesure où sa popularité (au moment de l’élection, il était l’homme politique le plus populaire d’Allemagne (Infratest dimap 2022j)) a favorisé les Verts. La tête de liste des Verts, Monika Heinold, se situe certes nettement derrière Günther dans la comparaison directe des taux de satisfaction de son travail politique, mais elle n’est pas du tout impopulaire — contrairement à la tête de liste du SPD, Tomas Losse-Müller (Infratest dimap 2022i).
La littérature scientifique sur les coalitions propose un catalogue de plusieurs critères pertinents qui peuvent expliquer pourquoi une coalition donnée a été formée. Les critères centraux sont le policy-seeking, le vote-seeking et l’office-seeking (Müller et Strøm 1999) ainsi que l’identity-seeking (cf. Sturm 2013). Alors que le policy-seeking cherche à maximiser les proximités programmatiques, le vote-seeking vise le succès aux élections et l’office-seeking une répartition des postes la plus opportune possible. À cela s’ajoute, avec le facteur d’identity-seeking, la recherche d’une confiance mutuelle. Cette dernière était largement assurée dans la coalition précédente pour la CDU et les Verts. Parallèlement, les ministères ont pu être répartis en fonction de préférences différentes, de sorte que les Verts se sont vu attribuer les portefeuilles de l’environnement, des affaires sociales et des finances. Avec cette répartition des portefeuilles et un nouveau contrat de coalition négocié assez rapidement et sans grandes difficultés, les conditions semblaient réunies pour qu’une alliance de deux partis donnent au Schleswig-Holstein un gouvernement régional stable. Le facteur du policy-seeking, à l’inverse, ne peut guère être utilisé comme facteur explicatif de la formation d’une coalition entre la CDU et les Verts, car le FDP et la CDU sont classiquement beaucoup plus proches idéologiquement et programmatiquement que la CDU et les Verts (voir figure g). Le facteur de l’office-seeking semble être un peu plus approprié, car l’occupation des postes dans une coalition entre la CDU et les Verts peut être mieux répartie en raison de préférences, de compétences et d’exigences différentes qu’entre la CDU et le FDP, dont les profils sont plus similaires. Enfin, le facteur du vote-seeking n’a qu’un poids limité, puisqu’une coalition CDU-Verts-FDP aurait bénéficié de 39 % d’opinions favorables contre 38 % d’opinions favorables pour une coalition CDU-Verts (Infratest dimap 2022k). Seule une coalition CDU-FDP aurait été moins populaire, avec 31 % d’opinions favorables (ibid.). Dans cette mesure, l’alliance correspond aux facteurs importants de la théorie des coalitions, dépendant « d’une part des conditions marginales de la formation d’un gouvernement, comme le comportement des électeurs et la concurrence stratégique entre les partis, et d’autre part des attentes des électeurs et des acteurs politiques quant aux performances futures des gouvernements » (Bräuninger ; Debus 2012 : 174).
En raison de la force de la victoire électorale de Günther, qui, avec plus de 40 %, a remporté une victoire sans équivalent parmi les ministres-présidents de la CDU, Günther se place dans une position unique au sein du parti fédéral. Parallèlement, les Verts participent actuellement au gouvernement de onze des seize Länder et poursuivent leur ascension politique, lentement mais sûrement. Le rôle de Daniel Günther dans cette campagne électorale régionale et le fort résultat de sa CDU montrent, comme dans beaucoup d’autres élections régionales auparavant, que la personnalisation joue un rôle de plus en plus important dans les campagnes électorales et que l’attachement au parti diminue. Cela augmente considérablement la concurrence entre les partis par la suite, car aucun parti ne peut plus s’installer dans une position — à l’avantage de certains, au détriment de d’autres. Après cette défaite électorale, le SPD est à la recherche d’une nouvelle structure et d’une offre qui lui permettent de redevenir compétitif. Cette entreprise risque d’être difficile, du moins tant que Daniel Günther continuera à gouverner avec les niveaux d’approbation actuels. Le FDP doit également tirer les conclusions de sa défaite, et chercher une nouvelle orientation et un nouveau rôle dans l’opposition. Il n’est pas certain que l’AfD parvienne à faire son retour lors des prochaines élections régionales, car les débats sur l’orientation politique et les luttes de pouvoir qui en découlent perdurent. La surveillance du parti par l’Office fédéral de protection de la Constitution (Verfassungsschutz), qui a débuté en 2021, a sans doute encore affaibli la réputation du parti. À cela s’ajoute sa position isolée dans le système des partis, où il occupe toujours une position marginale.

g • Position des partis sur les principaux axes idéologiques (Benoit et al. 2009, données mises à jour)

Système de partis

En ce qui concerne l’évolution du système de partis en Schleswig-Holstein, on peut retenir en conclusion les constats suivants, qui ne se distinguent que partiellement de ceux valables pour les autres Länder ou même du niveau fédéral lui-même : fragmentation moyenne, polarisation en baisse, et segmentation très faible.
Du fait que l’AfD ne fait plus partie du Landtag, que la gauche n’y est toujours pas représentée, mais que le SSW, seul parti de minorité disposant d’une représentation parlementaire, y est entré, le système des partis présente une fragmentation moyenne avec un nombre effectif de partis (calculé selon Laakso et Taagepera 1979) de 3,1 pour 5 partis représentés. Comme la composition du Landtag précédent présentait une valeur de 4,2, le nombre effectif de partis a diminué. Si l’on compare les parlements régionaux allemands, le parlement régional actuel du Schleswig-Holstein se situe légèrement en dessous de la moyenne du nombre effectif de partis, qui est de 3,99 pour une moyenne de 5,7 partis. Malgré cela, la fragmentation est suffisamment élevée — et ce n’est pas inhabituel dans un système électoral proportionnel comportant autant de partis — pour qu’un gouvernement d’un seul parti ne soit tout juste plus possible.
La polarisation du système de partis a légèrement diminué entre 2017 et 2022 et l’accord de coalition de 2022 entre la CDU et les Verts s’est légèrement déplacé vers une direction plus progressiste sur le plan socioculturel et plus à gauche sur le plan socioéconomique par rapport à l’accord de coalition de 2017 (figure g).
Toutefois, si l’on tient compte du fait que les deux partis situés aux marges de l’échiquier politique — Die Linke et AfD — ne sont désormais plus représentés au parlement régional, la polarisation a nettement diminué.
En ce qui concerne la segmentation, c’est-à-dire le rapport entre les coalitions mathématiquement possibles et celles politiquement réalisables, il apparaît que quatre coalitions auraient été mathématiquement possibles, dont trois auraient été politiquement réalisables. Le SSW, le FDP et les Verts ont signalé dès le soir des élections qu’ils étaient prêts à participer à un gouvernement. Seul le SPD, après sa défaite cuisante, ne pouvait guère envisager une participation au gouvernement. La segmentation en Schleswig-Holstein est donc très faible.
Avec toutes ces caractéristiques, le système de partis du Schleswig-Holstein ne se distingue guère de celui des autres Länder et correspond dans ses grandes lignes aux caractéristiques du système de partis allemand dans son ensemble.

Bibliographie

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Oliver Drewes, Élection régionale en Schleswig-Holstein, 8 mai 2022, Groupe d'études géopolitiques, Oct 2022,

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