Géopolitique, Réseau, Énergie, Environnement, Nature
La construction de la paix dans un monde en guerre écologique
Issue #2
Défilement

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Issue #2

Auteurs

Laurence Tubiana

21x29,7cm - 99 pages Numéro #2, Septembre 2022

Écologie de guerre : un nouveau paradigme

 L’invasion de l’Ukraine par la Russie génère une convergence de diverses notions de sécurité : énergétique, militaire, financière, alimentaire, climatique. Ces champs habituellement traités de manière distincte ne peuvent plus l’être, tant cette crise aggrave tous les vecteurs d’instabilité au-delà du conflit lui-même. Une flambée des prix de l’énergie et des produits de base, une inflation qui menace sérieusement les ménages, un ratio du service de la dette qui atteint des taux dangereux pour de nombreux pays, la menace d’une récession économique, la réorientation du système multilatéral par des dynamiques de guerre froide… la réponse européenne a consisté à lier l’impératif climatique à la sécurité énergétique à travers le plan « RePowerEU » 1 , en accélérant la transition hors des énergies fossiles – et en premier lieu des fossiles russes, au plus tard d’ici 2027.

Mais cette convergence est avant tout une convergence de crises, et celle-ci restreint aussi le champ d’action, ce alors que les impacts physiques climatiques se manifestent déjà avec violence à presque 1,2 C° de réchauffement. Sans décarbonation, l’avenir nous promet des turbulences toujours croissantes – par l’accroissement des impacts climatiques mais aussi la contraction économique, le repli diplomatique et financier, ainsi que des conflits et des crises humanitaires sans précédent. Ces chocs annoncés nous priveront peu à peu d’outils pour être à leur hauteur. 

Cette nouvelle convergence des crises demeure à la recherche d’un prisme capable de mobiliser les gouvernements et le système multilatéral dans la même direction, celle de l’Accord de Paris. L’action climatique s’est construite dans une autre ère, d’évidence plus propice aux avancées multilatérales : 2015, c’était aussi l’année où furent entérinés les objectifs de développement durable des Nations-Unies, ainsi que l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien.

Comment donc protéger le climat aujourd’hui au sein d’une trajectoire géopolitique profondément différente – que l’on y voie la démondialisation ou, de façon plus nuancée, une « fragmentation géo-économique » 2 , pour emprunter l’expression de Kristalina Georgieva ?

La diplomatie du Pacte vert à l’ère de l’écologie de guerre

Il est entendu, dans la notion même de la nouvelle « écologie de guerre », comme Pierre Charbonnier la décrit si richement 3 , que ce nouvel impératif écologique porté par l’invasion russe n’est pas forcément propice à la diplomatie et la coopération. Cet impératif comporte un risque, celui d’être invalidé ou détourné en faveur de la sécurité énergétique et la recherche à tout prix de sources fossiles alternatives, ces énergies retrouvant soudain une légitimité. L’écologie de guerre peut être un piège pour le Pacte vert européen. 

Comme la réaction des institutions européennes et des États membres le montre, l’écologie dite « de guerre » offre effectivement une puissante capacité de ralliement, un large dispositif d’action et une polysémie d’enjeux (souvent) légitimes, qui entendent dans leur ensemble accélérer l’action écologique. Mais elle constitue aussi un encouragement tacite à mélanger et à fusionner les objectifs (isoler la Russie, réussir notre autonomie énergétique…) et les échelles de temps (se chauffer cet hiver, réduire nos émissions de 55 % d’ici à 2030…), à un tempo dont nos institutions perdent le contrôle. 

En ce sens, l’impératif climatique se voit déformé dans le prisme de l’écologie de guerre. Le Pacte vert européen se voit réfracté en champs distincts – allant de la sécurité énergétique, à l’agriculture comme assise stratégique, etc. – reléguant au second plan, voire au statut d’externalité, son objectif pourtant central : réussir la décarbonation et, par effet d’entraînement, rendre vraisemblable celle de la planète entière. 

Or la question climatique relève de la protection d’un bien public mondial. Cet enjeu est d’une ampleur qu’aucune logique de conflit ou d’attrition ne peut intégrer, puisque les jeux à somme nulle n’ont pas leur place dans la protection du climat. 

Il est évident, par ailleurs, que ce nouveau paradigme d’écologie de guerre est sui generis au leadership de l’Europe dans la gouvernance climatique tel qu’elle s’est constituée à ce jour. En effet l’Union européenne, par la précision de ses engagements, se dresse depuis des années en à l’avant-garde de l’ambition climatique et en interlocuteur privilégié de la Chine, des États-Unis, et du G20 sur les questions de réduction des gaz à effets de serre et des objectifs entérinés dans l’Accord de Paris. C’est aussi ce rôle qui est visé par Poutine aujourd’hui, car cet engagement permet à l’Europe de porter le système multilatéral au-delà de l’ère des énergies fossiles, et priverait, à terme, la Russie de 70 % de son marché d’exportation de gaz, de pétrole et de charbon, sa plus importante source de revenus.

L’invasion, en plus de revendiquer la souveraineté russe dans sa sphère d’influence auto-proclamée, impose aux États européens des choix énergétiques terriblement difficiles et susceptibles de creuser les divisions, comme le montre évidemment le positionnement de la Hongrie vis-à-vis de l’invasion et les exceptions qui lui sont accordées dans l’embargo sur l’importation de pétrole russe. La France, pour sa part, est depuis le début de la guerre devenu le premier acheteur mondial de gaz naturel liquéfié russe. 

Et pourtant, la résilience dont fait preuve l’Europe en dépit de ces contradictions quotidiennes nous fait aussi prendre conscience de la contribution du Pacte vert à la stabilité européenne aujourd’hui. Cela rappelle la résilience du Pacte vert au choc économique provoqué par la pandémie : un tiers du plan de relance NextGenerationEU, soit 800 milliards d’euros, lui fut alors dédié. On n’ose imaginer le bouleversement géopolitique qu’aurait déclenché l’agression russe si l’Europe n’avait pas eu un cadre et une feuille de route claire, crédible et financée pour acter le désinvestissement des énergies fossiles. Celui-ci serait d’un autre ordre de grandeur.

Un renversement de cette ampleur reste possible. Dans les dernières lignes de son texte, Pierre Charbonnier conclut très justement que :

« de l’invention d’un modèle de développement, de coopération et de construction civique qui intègre l’impératif planétaire au jeu des rivalités géopolitiques dépend la capacité de l’Europe à ne pas tomber entièrement sous l’influence du modèle autoritaire et impérialiste. » 

Il y a là, pour commencer, un enjeu interne au Pacte vert. En France, comme en Hongrie et bien ailleurs, les populismes d’extrême droite laissent le champ libre au projet géopolitique du Kremlin. Il est essentiel de contrer ses populismes en réussissant la mise en place d’un nouveau contrat social par le Pacte vert[noteLaurence Tubiana, Le Green Deal est le nouveau contrat social, le Grand Continent, septembre 2021.[/note], et il est légitime d’user des dispositifs ou de la rhétorique de la situation de guerre, notamment pour inciter à efforts historiques en matière de sobriété énergétique et d’indépendance.

En revanche, l’impératif climatique ne peut jamais être asservi à un jeu géopolitique imposé par la Russie. Depuis longtemps, celle-ci emprunte un discours du déni ou de doute sur l’action climatique. Désormais, elle entend imputer la convergence des crises actuelle à une politique européenne qui, selon les dires de Vladimir Poutine, a produit l’inflation en partie car elle a « tout misé aveuglément sur les énergies renouvelables. » Ce discours cynique destiné au reste du monde, a pour but d’isoler l’Europe dans son soutien à l’Ukraine. À cela s’ajoutent les soutiens russes aux mouvements populistes européens qui font du déni climatique une marque de l’identité. 

Or pour l’Ukraine comme pour le climat, l’Europe ne peut pas faire seule. On mesure là la nécessité existentielle pour l’Europe de réussir une véritable mue diplomatique dans le cadre du Pacte vert. 

Cette ambition d’une grande diplomatie climatique est inscrite dans la logique du Pacte vert. Elle est aujourd’hui réitérée, et explicitement recadrée par l’agression russe. Représentant la position de la Commission et de la Banque européenne d’investissement, Josep Borrell et Werner Hoyer ont signé une tribune en ce sens depuis la guerre 4 , soulignant que celle-ci « a renforcé la logique stratégique » pour tous les pays de sortir des énergies fossiles. Un constat qui, disent-ils, animera donc les choix d’investissements internationaux de l’Europe.

Autrement dit, c’est par l’ancrage et l’enrichissement de l’action climatique que ce pari russe sera vidé de son propos pour être remplacé par une nouvelle géopolitique, celle des énergies renouvelables. La diplomatie du pacte vert se lira comme un pacte de paix. 

Mais si la guerre a souligné cet impératif, la réaction internationale à l’invasion montre que c’est un message qu’il sera difficile pour l’Europe de transmettre.

Le Pacte vert face au nouveau non-alignement

L’invasion russe est la plus violente transgression de la souveraineté d’un État depuis l’invasion américaine de l’Irak en 2003. Ce constat, par des raccourcis d’alliances occidentales et d’historiques de guerre froide, facilite une sorte d’équivalence qui favorise l’ambiguïté et le non-alignement de nombreux États dans le monde vis-à-vis de l’Ukraine. 

Ceci endommage l’espoir d’une résolution rapide du conflit, d’un soutien humanitaire digne de ce nom aux Ukrainiens, et affaiblit la diplomatie européenne dans son ensemble.

Malgré sa proximité et son horreur, le conflit en Ukraine est critique non pas parce qu’il se situe en Occident, comme certains l’entendent, mais parce qu’il mobilise les grandes puissances de façon à devenir le plus grand déterminant de sécurité mondiale – sur le plan nucléaire notamment, mais également sur le plan climatique.

Or ce non-alignement nous fait aussi mesurer l’énorme déficit de confiance que la diplomatie européenne a engendré ces dernière années, notamment vis-à-vis des pays africains. Échéances manquées pour la finance climat, gestion violente des politiques migratoires, dette, non-partage de la propriété intellectuelle des vaccins… le communiqué du sommet entre l’Union africaine et l’Union européenne, qui s’est tenu à la veille de l’invasion et avec 18 mois de retard en raison du Covid, se donne l’apparence d’un « reset » sur tous ces épineux dossiers préalables, mais ne fait aucune mention des centaines de milliers de forces russes alors massées aux frontières ukrainiennes. Un non-dit comme un gouffre, qui menace de se creuser depuis.

Depuis l’invasion, l’Assemblée générale des Nations-Unies s’est par trois fois exprimée par un vote sur l’invasion de l’Ukraine. Par trois fois, ce non-alignement s’y est manifesté 5

Le 2 mars, une résolution déplorant l’invasion, bien que soutenue par 141 États, a vu s’abstenir des partenaires européens clé, et particulièrement essentiels pour le climat : la Chine et l’Inde. La moitié des pays africains, dont l’Afrique du Sud, ont également manqué de soutenir la résolution, par leur abstention ou par leur absence.

Alors que le conflit perdure, le système multilatéral voit cette dynamique de soutien envers la Russie se creuser. Le 7 avril, le jour où furent révélées les exécutions en masse de civils dans la ville de Boutcha, un vote à l’Assemblée générale voué à éjecter la Russie du Conseil des droits de l’homme a révélé ce contraste criant : 93 États pour, 58 absentions et 24 contre, soit presque la moitié des États qui, d’une manière ou d’une autre, n’ont pas souhaité apporter leur soutien à cette forme de condamnation. Certes, ces votes sont d’abord un affront pour la paix en Ukraine et la protection des Ukrainiens. Il n’y était pas question de climat. Mais cela démontre bien – si cela est nécessaire – que ce n’est pas par la force morale ou la preuve d’exactions que ce dangereux pari du Kremlin sera rendu illégitime au regard du monde. 

Cette dangereuse dynamique menace de cliver le système multilatéral au moment le plus décisif pour l’action climatique, ce alors que le GIEC nous donne trois ans pour enclencher une décarbonation mondiale avec l’impulsion nécessaire.

Des partenariats énergétiques sur fond de tensions

Le Pacte vert est actuellement le seul dispositif dans le monde capable de dépasser cette dynamique. Or, parmi les États contre ou s’étant abstenus de ce dernier vote, on retrouve des partenaires essentiels à l’ambition climatique européenne. Un exemple : dans le pourtour méditerranéen, l’Algérie et le Maroc, deux pays à la fois candidats à des partenariats approfondis avec l’Europe, mais qui trouvent de nouveaux leviers – énergétiques – pour asseoir leur ambiguïté stratégique en réponse à la crise ukrainienne. 

Cet exemple met aussi en évidence l’importance de lignes de faille existantes, en l’occurrence la question du Sahara occidental. Territoire largement contrôlé par le Maroc mais sur lequel l’Union européenne ne lui reconnaît pas la souveraineté, et auquel les Nations Unies ont conféré le statut spécial de « territoire non autonome », celui-ci fait l’objet de tensions persistantes et croissantes avec l’Algérie qui y soutient un mouvement séparatiste. Ayant rompu leurs relations diplomatiques (et énergétiques, l’Algérie sevrant l’exportation de son gaz vers le Maroc depuis l’an dernier), la situation est si sérieuse que certains analystes y voient les prémices d’un conflit armé entre les seconde et troisième puissances militaires d’Afrique.

En mars 2022, l’annonce par le Maroc d’une formule qui entend accorder au Sahara occidental un certain degré d’autonomie a été soutenu par les gouvernements européens, avec en contrepartie, notamment, un engagement de la part de l’Espagne à compenser cette coupure du gaz algérien, ainsi que le rétablissement de relations diplomatiques avec le nouveau gouvernement allemand (après plus d’un an de gel), qui pourrait laisser présager de la reprise d’un projet d’infrastructure pour la production et l’exportation d’hydrogène vert. Celui-ci avait également été interrompu l’an dernier, au plus bas des relations entre le Maroc et l’Union européenne. 

Ce nouveau rapprochement tâtonnant ne suffit manifestement pas pour voir le Maroc apporter son soutien à la position européenne sur l’Ukraine, mais indique que les solutions aux enjeux énergétiques du Maroc sont un domaine probant pour la diplomatie européenne.

Depuis l’invasion, l’Algérie, pour sa part, signe des accords avec l’Italie pour augmenter ses exportations de gaz, et menace l’Espagne de couper son approvisionnement de gaz en raison de son rapprochement avec le Maroc. L’Algérie fournit plus d’un dixième des importations de gaz européens, son principal partenaire militaire pour l’armement est la Russie, auprès de qui elle s’est également engagée – avant l’invasion – à devenir l’un des principaux acheteurs de blé. On voit dans la position de l’Algérie cette volonté prononcée de non-alignement. Mais on voit plus largement comment la conjonction de crises actuelle rend le pays vulnérable, que ce soit à la flambée des prix des denrées alimentaires ou aux impacts climatiques. Sombre métaphore pour cette conjoncture climato-géopolitique : l’été dernier, en réponse aux incendies dévastateurs de forêt qui ont fait 90 morts, l’Algérie a fait l’achat de huit bombardiers d’eau russe.

Pourtant, les propositions qui ressortent de la crise actuelle illustrent le champ des possibles pour la diplomatie du Pacte vert : le think tank italien Ecco 6 , par exemple, souligne le vaste potentiel d’un partenariat européen avec l’Algérie et l’Égypte pour une transition énergétique du gaz vers le renouvelable. L’Algérie, dont le système énergétique dépend à 99 % du gaz aujourd’hui, pourrait ainsi créer des dizaines de milliers d’emploi pérennes et diversifier son infrastructure énergétique de manière compatible avec l’Accord de Paris, tout en générant des revenus importants et en subvenant pendant la transition, aux besoins de gaz européen par ses infrastructures existantes. Souhaitable et nécessaire. 

En ce sens, on peut saluer le fait que les nouveaux partenariats entrepris par la Commission européenne avec les exportateurs de gaz, comme l’accord récemment conclu avec l’Égypte, sont assortis d’un volet sur l’investissement dans les énergies propres. Une initiative d’autant plus précieuse que l’Égypte accueille la COP27 cette année, et fait face à des pressions macro-économiques qui la rendent particulièrement vulnérable à l’actuelle convergence des crises, comme l’ont explicitement reconnu le G7 dans un communiqué en juin. Ce type d’initiative pourrait être répliquées par d’autres pays comme l’Inde avec son « alliance solaire », ou la Chine qui s’efforce de verdir les investissements de la Belt & Road Initiative.

L’Afrique du Sud, certainement le plus vocal de ces « non-alignés » aujourd’hui, constitue un autre défi criant : un partenaire avec lequel la diplomatie climatique européenne est la plus poussée, novatrice, mais où la crise ukrainienne donne une nouvelle dimension et une obligation de réussite. 

L’Afrique du Sud est effectivement le pays avec lequel l’Europe (accompagné des États-Unis et du Royaume-Uni,) ont élaboré le « plan de transition énergétique juste » à ce jour le plus concret et précis en matière de coopération internationale. Ce partenariat, voué à être financé à hauteur de 8,5 milliards de dollars dans sa première phase, est voué à appuyer le pays dans sa sortie du charbon et notamment de cibler les communautés les plus touchées par la fin de ce secteur, pays où les industries extractives emploient un demi-million de personnes, dont 20 % dans le charbon. 

L’annonce de ce partenariat, dévoilé lors de la COP26 à Glasgow l’an dernier, a été très largement reconnu comme l’un des points forts de ce sommet : un soutien ciblé, cohérent, en apparence correctement financé, et qui a le potentiel de développer une base d’expertise en matière de transition énergétique qui doit servir d’exemple au sein du G20 et au-delà, et ce rapidement. Or le gouvernement sud-africain et son président, Cyril Ramaphosa, se mettent en première ligne des États non-alignés, dans leurs votes et leurs propositions de textes à l’Assemblée générale, ainsi que dans un discours qui impute à l’OTAN 7 la responsabilité de l’invasion russe. 

Il est évidemment difficile pour la diplomatie européenne d’accepter de tel positions, comme en témoigne alors la réponse de l’ambassadrice de l’Union européenne en Afrique du Sud, Riina Kionka, après l’affront du premier vote à l’Assemblée générale. « Nous cherchons toujours à comprendre », déclara-t-elle. « Nous sommes perplexes, » dit-elle par ailleurs à la presse locale, « parce que l’Afrique du Sud se voit, et est vue dans le monde, comme un pays champion des droits humains, du droit international et de l’état de droit. »

Au-delà de ces positionnements diplomatiques convenus, l’Europe doit tirer le constat qu’il est difficile pour l’Afrique du Sud d’accepter que leur action climatique ne revienne qu’à une nouvelle accumulation de dette vis-à-vis des bailleurs occidentaux. « Je ne suis pas négative quant aux opportunités que cet argent présente » expliquait plus récemment la ministre sud-africaine de l’environnement, Barbara Creecy, « mais je suis réaliste quant au fait que nous devons l’examiner correctement et que nous ne devons pas nous précipiter. Il y a beaucoup de scepticisme sur le fait qu’il ne s’agit que d’un financement de prêt, que cela va aggraver la situation de notre dette souveraine. »

En avril, l’Afrique du Sud a fait l’expérience d’inondations dévastatrices ayant fait des centaines de morts et déplacé des dizaines de milliers de personnes. Le président Ramaphosa a directement attribué ces chocs à la crise climatique, et la science lui donne raison. Au-delà des rapports de force, le constat de l’urgence d’agir et la volonté politique sont manifestement là. Il revient à la diplomatie européenne d’apporter une enveloppe financière et un projet de coopération sensibles à l’actuelle convergence des crises, et donc de traduire concrètement l’engagement de 300 milliards attribués au projet d’investissement d’infrastructure internationale de l’Union européenne, le « Global Gateway ». 

La trajectoire et la progression de ce partenariat – ainsi que l’annonce attendue d’autres plans de transition énergétique justes avec d’autres pays candidats, comme l’Indonésie ou l’Inde (non alignés, eux aussi) – sera un test essentiel de la capacité européenne à faire primer l’impératif climatique sur les calculs de la géopolitique russe.

Dans ce domaine, l’Europe apparaît à la traîne, comme le montre la « International Energy Strategy » lancée en même temps que le plan RePowerEU pour expliciter la nouvelle diplomatie énergétique du continent. Là où REPowerEU insuffle une volonté politique renouvelée aux objectifs climatiques à long terme de l’Europe, la stratégie internationale apparaît plutôt comme une course contre la montre pour remplacer le gaz russe par une nouvelle série de dépendances envers d’autres exportateurs d’hydrocarbures. Les actions de certains membres, dont l’Allemagne, brouillent encore plus les cartes, comme en témoigne la visite du chancelier allemand Olaf Scholz au Sénégal, où des accords sur des nouvelles explorations de champs gaziers ont aboutis, sans volet d’investissements dans les renouvelables.

Étant donné que la durée des projets fossiles se mesure en décennies, qu’ils mobilisent d’importants capitaux et qu’ils nécessitent des infrastructures onéreuses, il est difficile de voir comment de telles dépendances répondent à la crise actuelle et servent la sécurité de l’Europe ou du monde. Si ces infrastructures sont durables, elles nous enferment dans des choix énergétiques à long terme qui entraveront la transition. 

L’Union européenne devrait plutôt tirer les leçons de sa réponse au Covid et sa politique d’achat de vaccins, et s’appuyer pleinement sur la proposition d’acheter conjointement du gaz non russe, de manière à minimiser le besoin de nouvelles infrastructures et à éviter une concurrence dommageable entre États membres et exportateurs potentiels. D’autre part, la ruée mondiale vers le gaz se déroule alors que certains États membres prévoient également de prolonger l’usage du charbon. Même s’il s’agit d’une mesure d’atténuation de la crise limitée dans le temps, elle est difficile à concilier avec notre rhétorique internationale. Nos partenaires internationaux, notamment au sein du G20, voient ces décisions d’un très mauvais œil, ce alors même que l’Europe s’est accordée des exceptions pour le financement du gaz dans sa taxonomie en qualifiant de « verts » les investissements dans le gaz à certaines conditions. 

En outre, l’Union européenne, bien que leader en matière de subventions aux énergies renouvelables, est beaucoup plus lente à réduire son soutien aux combustibles fossiles. Les 27 États membres subventionnent le renouvelable à hauteur de 78 milliards d’euros contre 56 milliards d’euros pour les fossiles.

Climat et sécurité, un prisme peu pensé

Malgré ces dangereux impensés, qui soulignent les risques inhérents à la géopolitique des énergies fossiles, l’Union européenne reste une référence en matière de volonté politique et d’engagements institutionnels pour la décarbonation. Ces crises mettent nos institutions à rude épreuve, mais elles nous éclairent également. Elles révèlent la responsabilité singulière de l’Europe, aujourd’hui, pour réaliser une vision du monde ancrée dans la sécurité et la solidarité.

La plus grande épreuve à court terme – et la manifestation la plus critique de ce maillage de crises – sera la pénurie alimentaire mondiale annoncée par tous les observatoires compétents. Selon le Programme Alimentaire Mondial, le nombre de personnes en insécurité alimentaire a doublé de 135 million à 276 million depuis 2019, une tendance déjà aggravée par les chocs climatiques sur les rendements agricoles, l’enlisement des conflits, et l’impact économique continu de la pandémie. 

Par ailleurs, la Russie et l’Ukraine fournissent presque 30 % du blé et de l’orge sur le marché mondial, ainsi que trois quarts de l’huile de tournesol. Leurs exportations de denrées alimentaires représentent environ 12 % des calories sur le marché international. Le blocus sur les ports d’Ukraine et les destructions massives de marchandises par la Russie ont exacerbé les tensions sur les marchés des produits agricoles. 

La guerre russe a des conséquences en chaîne sur le reste du monde, en particulier la hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires en particulier pour les pays les moins avancés sans pouvoir de négociation. Cela s’ajoute à la série de sécheresses record qui sévit depuis 2021 dans plusieurs régions du monde, et le risque que les pays producteurs suspendent leurs exportations. Un certain nombre de pays en Afrique et au Moyen-Orient, et d’autres tels que l’Inde, la Serbie et (brièvement) l’Indonésie ont déjà usé d’embargos. Une conjoncture macroéconomique dévastatrice qui expose désormais 1,6 milliards de personnes dans 94 pays à l’insécurité alimentaire selon les Nations-Unies, et pose dans plusieurs géographies un risque clair de famine. Ces facteurs font écho à la conjoncture qui a précédé le printemps arabe, mais à une échelle sans précédent. D’ores et déjà, des révoltes ont éclaté en Équateur ou au Sri Lanka. 

L’Europe se dit déjà mobilisée pour répondre à cette crise, bien que l’appareil institutionnel ne puisse pleinement compenser un choc de cette ampleur. En parallèle aux mesures d’urgence à penser, la question fondamentale qui se pose est celle-ci : quelle analyse et quels outils permettraient de prévenir plus largement cette convergence des crises plutôt que de la subir, à un coût humain inestimable, et au risque de miner encore plus le système multilatéral ? 

Vu sur le long terme, le concept de « sécurité climatique » se révèle être la pierre angulaire du dispositif à penser. La finesse et la précision des modèles que le GIEC est désormais en mesure d’apporter sur les conséquences des impacts physiques du réchauffement climatique doit révolutionner la manière dont les institutions se saisissent et rendent opérationnelle cette notion. Or les notions de « risque » et de « sécurité », telles qu’elles figurent dans le régime de la gouvernance climatique, souffrent d’emblée du fait qu’elles manquent de cadre multilatéral pour les traiter. Bien que l’aboutissement de l’Accord de Paris à la COP21 en 2015 ait commencé à pallier ce manque, la traduction de l’Accord en engagements et en actions pour la décarbonation par les États – mais aussi par les marchés financiers, les autorités locales et une constellation d’autres acteurs non-étatiques – est un processus fluide et décentralisé. 

Par ailleurs, la conception même de l’Accord de Paris protège les lignes rouges des États sur le maintien de leur souveraineté, tirant le constat des échecs des tentatives précédentes d’entériner des objectifs climatiques, et mise sur un effet d’entraînement graduel à tous les niveaux d’action. Les questions les plus sensibles et politiques, comme le sont les questions de sécurité, sont alors difficiles à aborder en son cadre. Ajoutons à cela une dépendance au chemin qui privilégie la réflexion menée par les acteurs étatiques, et en grand partie militaires. En amont de la COP21, une conférence spéciale « climat et sécurité », organisée par le ministère français de la défense, fut la première en son genre. 

Dans les facteurs d’impact habituellement intégrés à ces projections, on retrouve notamment les catastrophes naturelles, la sécheresse, la désertification et l’insécurité alimentaire – autant de « variables » que l’on pourrait qualifier de conventionnelles, en raison du fait qu’elles sont comprises comme étant des « intensificateurs » de scénarios qui dominent déjà l’appareil diplomatique, humanitaire et militaire de gestion de crise des États, car déjà critiques. Autrement dit, elles sont des problématiques où le système multilatéral est déjà en état d’échec avéré.

Les migrations, d’abord. Nous savons qu’en moyenne 21,5 millions de personnes dans le monde se sont vues contraintes de quitter leurs habitations en raison de chocs climatiques chaque année depuis 2008. Selon les « best case scenarios » de la Banque mondiale, il pourrait par ailleurs y avoir jusqu’à 216 millions de migrants climatiques provenant d’Afrique sub-saharienne, d’Asie du sud et d’Amérique latine d’ici à 2050. Les conflits, aussi. L’an dernier, le Haut-commissaire des Nations-Unies pour les réfugiés signalait 82,4 millions de personnes déplacées par les conflits en Afrique en 2021. L’Institute for Economics & Peace estime qu’il pourrait y avoir 1,2 milliard de personnes déplacées d’ici 2050 dans le monde, en raison de la multiplication et de l’intensification des conflits par l’inaction climatique.

Le GIEC, pour sa part, n’a pas pour mandat de proposer de telle simulations chiffrables en matière de coût (qu’il soit humain ou financier), mais son constat n’en est pas moins criant. Avec un « haut degré de confiance », son dernier rapport est catégorique : « Les risques climatiques sont un facteur croissant de migration et de déplacement involontaires et contribuent aux conflits violents. » Pour les raisons abordées, le système multilatéral peine à se saisir formellement de ces questions mêmes primaires, et immédiates, de sécurité et de conflit. On l’a vu en décembre 2021 au Conseil de sécurité, alors qu’une résolution portée par le Niger et l’Irlande sur l’importance d’intégrer le risque climatique à la planification de la prévention de conflit n’a pas trouvé l’unanimité. S’y sont opposées l’Inde et la Russie, la Chine s’étant abstenue. 

Bien que cette question apparaisse par définition pertinente au mandat du Conseil de sécurité, une des objections principales soulevées relevait de la question du meilleur cadre multilatéral pour en traiter, alors que la Convention cadre des Nations-unies pour les changements climatiques (CCNUCC, dans lequel s’est construit l’Accord de Paris) pourrait également s’en saisir. Par ailleurs, le récent rapport du GIEC a servi de prétexte à la Russie et l’Inde, ainsi que le Brésil, pour affirmer que les liens complexes et non-linéaires entre climat et sécurité qui y sont établis montrent de manière perverse qu’il ne s’agit donc pas d’une causalité directe.

À ce titre, la Russie a mis en garde le Conseil de sécurité « contre les tentatives d’affirmer un lien inhérent entre le climat et la sécurité », rejetant donc la perspective d’intégrer le climat aux questions de guerre et de paix. Mais pour sa part, la CCNUCC n’est en rien équipée pour les traiter. Les outils du système multilatéral sont défaillants ou inexisants pour traiter des liens complexes entre climat et sécurité : que ce soit le système financier, qui ne répond pas au besoin d’investissements, ou l’absence d’un dispositif pour anticiper et gérer les conflits, ce alors que 50 % des pays les plus vulnérables aux impacts climatiques sont déjà en proie aux conflits armés. On pourrait citer ici aussi des sujets émergents comme la géo-ingénierie.

L’humanitaire dans l’immédiat

À défaut de réussir une refonte du système multilatéral, qui plus est dans les délais requis, la diplomatie européenne peut certainement actualiser les enjeux de climat et de sécurité en se saisissant de problématiques humanitaires immédiates, pertinentes et transversales.

La santé, par exemple : la destruction de la biodiversité privilégie la diffusion des zoonoses, comme le sont Ebola, le Covid-19 et 60 % des maladies infectieuses, dont 75 % sont d’origine animale. Cinq nouvelles maladies deviennent transmissibles à l’homme chaque année, un phénomène qui prévoit de s’accélérer alors que l’homme poursuit ses incursions au coeur des écosystèmes et les fragilise. Le concept de « One Health », qui unit la santé humaine, animale et des écosystèmes gagne en importance, notamment auprès des institutions de santé européennes. C’est une tendance à accompagner dans la diplomatie et la coopération, soulignant la dimension évidemment mondialisée de toute maladie infectieuse aujourd’hui, ce alors que la pandémie a illustré à quel point celles-ci pouvaient bouleverser le système multilatéral en profondeur.

La sécurité alimentaire aussi : les chocs auxquels font face le système alimentaire mondial à nouveau ne sont que la confirmation d’une tendance. C’est la troisième fois qu’une telle crise se produit en 15 ans. Comme le soulignait récemment le Panel international d’experts sur les systèmes alimentaires durables, il s’agit d’un risque intrinsèque à un système qui repose fortement sur l’importation et l’exportation des denrées alimentaires, où les pays fortement endettés et souvent exposés à l’insécurité alimentaire, doivent exporter leur rendement pour financer leur créances, et où les produits de base sont soumis à une spéculation excessive sur les marchés financiers. La diplomatie européenne pourrait notamment agir pour prévenir la spéculation, soutenir la constitution de réserves céréalières régionales ainsi que la diversification de la production alimentaire et l’adoption de l’agroécologie.

En outre, l’Europe peut aussi apporter des solutions humanitaires et médicales face à l’insécurité alimentaire et particulièrement la malnutrition infantile. Des solutions bien connues des acteurs de terrains existent pour sécuriser les premiers 1000 jours d’un enfant – par la nutrition et la vaccination, notamment – qu’il serait possible d’étendre à moindre investissement. En revanche, la Banque mondiale souligne que la dénutrition coûte entre 3 et 16 % de PIB dans certains pays, par ses impacts dévastateurs sur les populations, surtout les femmes et les enfants.

Conclusion

L’Europe, aux prises avec des turbulences majeures et le retour du tragique sur son sol, écrit en parallèle les premières pages de l’ère post-fossiles. Ce faisant, l’Europe entend se libérer d’une géopolitique des hydrocarbures qui, par la concentration de revenus étourdissants, devient un obstacle à la construction d’institutions démocratiques et constitue un facteur avéré de conflit. 

En s’engageant pour une nouvelle géopolitique des énergies renouvelables, l’Europe s’engage aussi à des perspectives économiques qui, dans la conjoncture actuelle, apparaissent encore plus probantes qu’elles ne l’étaient déjà : en dehors de l’effet sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’énergie renouvelable devrait aussi permettre à l’Europe de se prévenir d’un type d’inflation énergétique hors contrôle comme celui que lui est imposée par la Russie aujourd’hui. 

Mais cette nouvelle géopolitique sera elle aussi extractive, reposant sur un besoin de métaux rares et de minéraux essentiels à l’infrastructure solaire, éolienne, géothermique, ainsi qu’aux véhicules électriques, comme le cobalt, le lithium, le cuivre, le zinc et des douzaines d’autres. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le taux d’extraction de certaines de ces matières premières devra augmenter jusqu’à 44 fois dans de nombreux pays producteurs afin de subvenir aux besoins du marché. Dans le cas du graphite, du lithium et du cobalt, selon la Banque Mondiale, l’augmentation de la production irait jusqu’à 500 % d’ici 2050. Le recyclage complet de ces matériaux est donc essentiel pour ne pas se relancer dans une nouvelle guerre des ressources.

Comme dans toute industrie extractive, les problématiques de sécurité resurgissent donc car se pose la question d’une concurrence sur l’accès aux ressources. Or les analyses laissent penser que nous entrerons dans une dynamique de dépendances qui – bien qu’elle générera, on l’imagine, des tensions entre les États – n’engendrera pas le même degré de volatilité, notamment car les revenus anticipés seront moins démesurés et le commerce de ces matières premières ne permettra pas aux États d’établir les mêmes dynamiques de rente continues, comme l’ont fait le pétrole et le gaz pendant des décennies. 

Ces besoins en approvisionnement tendront vers la diversification de ces chaînes de valeur. Il est par exemple question d’exploiter le lithium en Serbie. Mais la société minière Rio Tinto et le gouvernement ont récemment fait face à un rejet massif d’un tel projet par les communautés locales. Là où, dans des géographies plus lointaines de l’Europe, l’industrie minière se serait certainement imposée par la corruption, la force et les exactions, elle doit ici tirer les conclusions d’une nouvelle conjoncture. Il n’y a actuellement qu’une seule mine de lithium dans l’Union européenne, au Portugal, mais une dizaines de projets viables existent en Allemagne, en Autriche, en Espagne, en Finlande, au Portugal et en République tchèque.

La géopolitique des renouvelables devra se poursuivre dans un cadre régulé et propre, ou elle échouera : parce que ces projets seront rejetés par ceux qui en sont en première ligne, comme en Serbie, mais aussi parce qu’elle verra l’industrie renouvelable diabolisée aux yeux des citoyens et des consommateurs, ce qui enfreindra profondément l’action climatique dans son ensemble. 

Grâce à la réglementation européenne existante, ainsi que des initiatives multilatérales comme l’Extractive Industry Transparency Initiative, et des organes de certification respectés comme l’Initiative for Responsible Mining Assurance, il existe déjà un cadre sérieux pour l’Europe d’opérer dans un cadre transparent. Les efforts entrepris en Europe pour assurer la traçabilité des importations de bois et lutter contre la déforestation doivent également servir de référence. 

Enfin, comme pour la question de l’achat de gaz non-russe aujourd’hui, une politique d’approvisionnement commune permettrait aussi à l’Europe d’établir de nouveaux accords dans un cadre concerté et moins en proie aux tensions ou aux transgressions.

Ici encore – et l’exemple de la Serbie, pays candidat à l’accession au sein de l’Union européenne, le démontre également – il est question pour l’Europe de prendre l’ampleur de son pouvoir de projection et de sa capacité à devenir un socle de sécurité, climatique et humain, pour ses citoyens, ceux de son pourtour et ceux du monde. 

Être à la hauteur de ces défis, c’est aussi tenir promesse à une autre nation prétendante à l’Union européenne : l’Ukraine. Si le Pacte vert réussit ce projet de paix, nous offririons au peuple ukrainien un avenir à la hauteur de de son courage et de ses sacrifices.

Notes

  1. Commission européenne, REPowerEU: Un plan visant à réduire rapidement la dépendance à l’égard des combustibles fossiles russes et à accélérer la
    transition écologique, mai 2022.
  2. Kristalina Georgieva, Why We Must Resist Geoeconomic Fragmentation—And How, FMI, mai 2022.
  3. Pierre Charbonnier, « La naissance de l’écologie de guerre », le Grand Continent,
    18 mars 2022.
  4. Josep Borrell, Werner Hoyer, « Decarbonization Is Now a Strategic Imperative », Project Syndicate, 27 avril 2022.
  5. « Trois cartes pour comprendre le bouleversement géopolitique que constitue la guerre en Ukraine », le Grand Continent, 8 avril 2022 ainsi que « Cartographier les réactions à l’invasion de l’Ukraine », le Grand Continent, 24 février 2022.
  6. Annalisa Perteghella, Elena Corradi, Gas-to-clean transition in the Mediterranean: Towards New Partenrships with Algeria and Egypt, ECCO avril 2022.
  7. Le concept stratégique de l’OTAN, 29 Juin 2022
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Laurence Tubiana, La construction de la paix dans un monde en guerre écologique, Groupe d'études géopolitiques, Sep 2022, 19-27.

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